Traitement de l´hypertrophie bénigne de la prostate par énucléation au laser Holmium: première série prospective au Service d´Urologie du CHU Hassan II de Fès
Mohammed Amine Malki, Mohammed Fadl Tazi, Jalal Eddine Elammari, Soufiane Mellas, Mohammed Jamal Elfassi, Moulay Hassan Farih, Mustapha Ahsaini
Corresponding author: Mustapha Ahsaini, Service d´Urologie, CHU Hassan II, Fès, Maroc 
Received: 21 May 2026 - Accepted: 04 Jun 2026 - Published: 15 Jun 2026
Domain: Urology
Keywords: HOLEP, hypertrophie bénigne de la prostate, chirurgie mini-invasive
Funding: Ce travail n'a reçu aucune subvention spécifique de la part d'organismes de financement du secteur public, commercial ou à but non lucratif.
©Mohammed Amine Malki et al. Pan African Medical Journal (ISSN: 1937-8688). This is an Open Access article distributed under the terms of the Creative Commons Attribution International 4.0 License (https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/), which permits unrestricted use, distribution, and reproduction in any medium, provided the original work is properly cited.
Cite this article: Mohammed Amine Malki et al. Traitement de l´hypertrophie bénigne de la prostate par énucléation au laser Holmium: première série prospective au Service d´Urologie du CHU Hassan II de Fès. Pan African Medical Journal. 2026;54:48. [doi: 10.11604/pamj.2026.54.48.53529]
Available online at: https://www.panafrican-med-journal.com//content/article/54/48/full
Research 
Traitement de l´hypertrophie bénigne de la prostate par énucléation au laser Holmium: première série prospective au Service d´Urologie du CHU Hassan II de Fès
Traitement de l'hypertrophie bénigne de la prostate par énucléation au laser Holmium: première série prospective au Service d'Urologie du CHU Hassan II de Fès
Treatment of benign prostatic hyperplasia by holmium laser enucleation of the prostate: first prospective series from the Urology Department of Hassan II University Hospital, Fez
Mohammed Amine Malki1,2, Mohammed Fadl Tazi1,2, Jalal Eddine Elammari1,2, Soufiane Mellas1,2, Mohammed Jamal Elfassi1,2, Moulay Hassan Farih1,2, Mustapha Ahsaini1,2,&
&Auteur correspondant
Introduction: l'hypertrophie bénigne de la prostate (HBP) représente l'une des pathologies les plus fréquentes chez l'homme vieillissant, impactant significativement la qualité de vie par les symptômes du bas appareil urinaire (SBAU). Si la résection transurétrale de la prostate (RTUP) et l'adénomectomie par voie haute sont longtemps restées les traitements de référence, l'émergence des technologies laser a bouleversé la prise en charge chirurgicale. Parmi ces innovations, l'énucléation de la prostate au laser Holmium (HoLEP), introduite initialement par Gilling et Fraundorfer à la fin des années 1990, s'est imposée comme une alternative mini-invasive majeure. Cette technique permet une énucléation anatomique complète de l'adénome, simulant les principes de la chirurgie ouverte tout en réduisant la morbidité péri-opératoire.
Méthodes: nous avons mené une étude descriptive et prospective de 32 patients traités par HOLEP dans notre service entre septembre 2022 et mars 2023, comme étant la première expérience nationale au Maroc de cette technique. Les critères d'inclusion étaient les signes du bas appareil urinaire et un volume prostatique supérieur à 60 ml. Nous avons évalué les données cliniques, résultats opératoires et postopératoires à 1 mois et à 3 mois.
Résultats: en préopératoire, l'IPSS moyen était de 17,75, le Qmax moyen était à 6,4 ml, et la moyenne du volume prostatique était de 66 ml. En peropératoire, la durée moyenne du geste était de 3h12 min, le taux de complication per opératoire était de 28,2%. Les complications les plus fréquentes étaient les perforations capsulaires, qui ont été observées chez 3 patients (9,4%). Un patient a présenté un saignement important (3,1%) nécessitant une intervention chirurgicale supplémentaire. Deux patients ont nécessité une conversion (6,3%) en RTUP (résection transurétrale de la prostate), tandis qu'un patient (3,1%) a été converti en AVH (adénomectomie par voie haute). Deux interventions (6,3 %) n'ont pas été menées à terme à cause de pannes du morcélateur, et ont été convoqués une semaine après pour complément de morcélation. Au cours des 30 premiers jours postopératoires, 4 patients ont présenté des complications de grade 1 de la classification de Clavien, 1 patient a présenté des complications de grade 2, et 3 patients des complications de grade 3. En postopératoire, la durée d'hospitalisation était en moyenne de 4,8 jours avec une amélioration nette de l'IPSS et du Qmax lors du suivi postopératoire à 1 mois et 3 mois. On a noté également une amélioration nette de la durée opératoire et le taux de complications au fil du temps ce qui suggère que c'est une technique qui nécessite une courbe d'apprentissage.
Conclusion: cette première série prospective menée au CHU Hassan II de Fès confirme que l'énucléation de la prostate au laser Holmium (HoLEP) est une technique sûre, efficace et reproductible. Nos résultats démontrent une amélioration fonctionnelle majeure et une réduction significative de la morbidité péri-opératoire, égalant les standards internationaux. Un point essentiel de notre étude réside dans la maîtrise de la courbe d'apprentissage. Bien que le HoLEP soit reconnu pour sa complexité technique initiale et son exigence en termes de coordination chirurgicale, notre expérience montre qu'un encadrement rigoureux permet d'atteindre une stabilité opératoire satisfaisante. Cette phase de transition a été franchie avec succès, permettant de passer de la chirurgie ouverte classique à une approche mini-invasive sans compromettre la sécurité des patients. Le HoLEP s'impose désormais comme le nouveau "gold standard" au sein de notre établissement. Le dépassement de la phase d'apprentissage initiale ouvre la voie à une optimisation des temps opératoires et au développement de la chirurgie ambulatoire, consolidant ainsi la place du CHU de Fès comme centre d'excellence en urologie moderne.
Introduction: benign prostatic hyperplasia (BPH) is one of the most common conditions affecting aging men and has a significant impact on quality of life through lower urinary tract symptoms (LUTS). While transurethral resection of the prostate (TURP) and open simple prostatectomy have long been considered the gold standard treatments, the emergence of laser technologies has revolutionized surgical management. Among these innovations, Holmium Laser Enucleation of the Prostate (HoLEP), initially introduced by Gilling and Fraundorfer in the late 1990s, has become a major minimally invasive alternative. This technique allows for complete anatomical enucleation of the adenoma, reproducing the principles of open surgery while reducing perioperative morbidity. Methods: we conducted a prospective descriptive study involving 32 patients treated with HoLEP in our department between September 2022 and March 2023, representing the first national experience with this technique in Morocco. Inclusion criteria were the presence of lower urinary tract symptoms and a prostate volume greater than 60 mL. Clinical, operative, and postoperative outcomes were evaluated at 1 month and 3 months. Results: preoperatively, the mean International Prostate Symptom Score (IPSS) was 17.75, the mean maximum urinary flow rate (Qmax) was 6.4 mL/s, and the mean prostate volume was 66 mL. Intraoperatively, the mean operative time was 3 hours and 12 minutes, and the overall intraoperative complication rate was 28.2%. The most frequent complications were capsular perforations, observed in three patients (9.4%). One patient (3.1%) experienced significant bleeding requiring additional surgical intervention. Two patients (6.3%) required conversion to TURP, whereas one patient (3.1%) required conversion to open simple prostatectomy (OSP). Two procedures (6.3%) were not completed due to morcellator failure; these patients were rescheduled one week later for completion of morcellation. During the first 30 postoperative days, four patients experienced Clavien-Dindo grade I complications, one patient developed a grade II complication, and three patients experienced grade III complications. Postoperatively, the mean length of hospital stay was 4.8 days. Marked improvements in both IPSS and Qmax were observed at the 1-month and 3-month follow-up visits. A progressive reduction in operative time and complication rates was also noted over time, suggesting the presence of a learning curve associated with this technique. Conclusion: this first prospective series conducted at Hassan II University Hospital in Fez confirms that Holmium Laser Enucleation of the Prostate (HoLEP) is a safe, effective, and reproducible technique. Our results demonstrate substantial functional improvement and a significant reduction in perioperative morbidity, achieving outcomes comparable to international standards. A key finding of our study concerns mastery of the learning curve. Although HoLEP is recognized for its initial technical complexity and demanding surgical coordination, our experience shows that rigorous supervision allows satisfactory operative stability to be achieved. This transition phase was successfully overcome, enabling the shift from conventional open surgery to a minimally invasive approach without compromising patient safety. HoLEP has now established itself as the new gold standard within our institution. Overcoming the initial learning curve paves the way for further optimization of operative times and the development of outpatient surgery, thereby reinforcing the position of Hassan II University Hospital of Fez as a center of excellence in modern urology.
Key words: HoLEP, benign prostatic hyperplasia, minimally invasive surgery
L'hyperplasie bénigne de la prostate (HBP) est une affection courante chez les hommes âgés, entraînant des symptômes urinaires gênants tels que la pollakiurie, la diminution du débit urinaire et les difficultés à vider complètement la vessie [1]. Les méthodes chirurgicales traditionnelles pour traiter l'HBP, telles que la résection transurétrale de la prostate (RTUP) et l'adénomectomie par voie haute peuvent être efficaces, mais sont également associées à des complications postopératoires significatives et une longue période de récupération [2,3].
L'HOLEP est une technique de chirurgie de la prostate avancée qui utilise un laser Holmium pour enlever la partie centrale de la prostate qui comprime l'urètre et cause les symptômes de l'HBP. Cette technique a été introduite pour la première fois en 1990 et a gagné en popularité ces dernières années en raison de ses avantages par rapport aux techniques chirurgicales classiques [4,5]. L'objectif de cette étude est d'évaluer les résultats péri-opératoires et fonctionnels de la première série de patients traités par énucléation de la prostate au laser Holmium (HoLEP) au sein du CHU Hassan II de Fès.
Conception et cadre de l'étude
Nous avons mené une étude monocentrique, rétrospective et descriptive (série de cas) au sein du CHU Hassan II de Fès. L'étude a inclus tous les patients consécutifs ayant bénéficié d'une énucléation de la prostate au laser Holmium (HoLEP) pour le traitement d'une hypertrophie bénigne de la prostate (HBP) symptomatique. La période d'étude s'étend de l'introduction de la technique en Septembre 2022 jusqu'à Mars 2023, illustrant l'expérience initiale de notre service avec cette modalité chirurgicale.
Population étudiée
La population cible est constituée de l'ensemble des patients de sexe masculin diagnostiqués avec une Hypertrophie Bénigne de la Prostate (HBP) symptomatique, ayant été candidats à une intervention chirurgicale au sein du service d'Urologie du CHU Hassan II de Fès, Maroc. Les critères d'inclusion: Patients ayant bénéficié d'une énucléation de la prostate dont le volume prostatique était supérieur à 60 ml en rapport avec une HBP réfractaire au traitement médical ou compliquée durant la période déjà citée en utilisant un laser Holmium 100 W (QUANTA SYSTEM→) en utilisant une fibre laser 550 μm et un morcélateur type (Cyber BLADE→). Les critères d'exclusion: les patients présentant un cancer de la prostate confirmé histologiquement ou présentant d'un dysfonctionnement vésical d'origine neurologique connu.
S'agissant d'une étude rapportant l'expérience initiale et la première série d'interventions HoLEP dans notre institution, une méthode d'échantillonnage exhaustif non probabiliste a été utilisée. Tous les patients consécutifs répondant aux critères d'inclusion durant la période d'étude ont été inclus. Par conséquent, aucun calcul formel de la taille de l'échantillon n'a été effectué, l'étude visant à décrire l'intégralité de la cohorte des 32 premiers cas du centre.
Collecte des données
Les données ont été recueillis de manière prospective à partir du système d'information hospitalier « Hosinx.net ». L'évaluation clinique a reposé sur des outils standardisés: les scores IPSS (International Prostate Symptom Score), QoL (Quality of Life) et IIQ-7 (Incontinence Impact Questionnaire-7). La fonction urinaire a été mesurée par débitmétrie électronique (Qmax) exprimée en ml/s et le volume résiduel post-mictionnel (VRPM) par échographie transvésicale exprimé en ml. Le volume prostatique a été systématiquement évalué par échographie transrectale (TRUS) exprimé en ml. Le bilan préopératoire incluait un examen physique, une analyse d'urine (ECBU), un dosage de la créatinine (mg/dl) et du PSA, ainsi qu'une évaluation morphologique par échographie.
Les questionnaires fonctionnels (IPSS, QoL, IIQ-7) ont été administrés aux patients par des membres de l'équipe médicale afin d'assurer une traduction précise et une compréhension uniforme. En per-opératoire, la durée d'énucléation, le temps de morcélation et l'énergie totale délivrée (kJ) ont été consignés. Les pertes sanguines ont été estimées en calculant la différence entre l'hémoglobine pré-opératoire et celle à J1 post-opératoire. Les complications ont été enregistrées et gradées selon la classification de Clavien-Dindo en allant du grade I au grade V en fonction de la sévérité. La durée de l'hospitalisation a été exprimée en jours d'hospitalisation, la durée de sondage (exprimée en jours) et les résultats anatomopathologiques ont été enregistrés dans les dossiers de notre système informatique hospitalier Le suivi postopératoire a été réalisé de manière standardisée à 1 mois et 3 mois, reprenant l'ensemble des tests cliniques et fonctionnels initiaux. Toutes les données ont été anonymisées conformément aux protocoles éthiques en vigueur.
Analyse statistique
Toutes les données ont été saisies sur Microsoft Excel puis analysées avec le logiciel IBM SPSS Statistics version 26.0 (IBM Corp., Armonk, NY, USA). La normalité de la distribution a été évaluée par le test de Shapiro-Wilk. Les variables continues (IPSS, Qmax, volume prostatique, temps opératoire, durées de sondage et d'hospitalisation) ont été exprimées en moyennes plus ou moins écart-types. Les variables catégorielles (complications selon Clavien-Dindo) ont été représentées en effectifs et pourcentages. Pour comparer l'évolution des paramètres fonctionnels entre le préopératoire, 1 mois et 3 mois postopératoires, le test ANOVA à mesures répétées a été utilisé. Le test du Chi-carré (χ2) a servi aux comparaisons de proportions. Toutes les analyses étaient bilatérales et les résultats ont été considérés comme statistiquement significatifs pour une valeur de p < 0,05.
Considérations éthiques
Le protocole de cette étude a été mené conformément aux principes de la Déclaration d'Helsinki et a reçu l'approbation du comité institutionnel de notre établissement. Compte tenu du caractère non invasif de la collecte des données cliniques, un consentement éclairé a été obtenu oralement auprès de chaque patient avant son inclusion. Conformément aux réglementations locales sur la protection des données, l'anonymat des patients a été strictement préservé tout au long du processus de traitement des données. Le comité d'éthique institutionnel a approuvé l'étude et a dispensé le besoin d'un numéro de référence formel compte tenu du caractère observationnel et anonyme de la collecte des données.
Données pré-opératoires
Dans notre série de 32 patients traités par HOLEP pour HBP, l'International Prostate Symptom Score (IPSS) moyen préopératoire était de 17,75. Le débit urinaire maximal (Qmax) moyen préopératoire était de 6,4 ml/s. Le volume prostatique moyen était de 66 ml, avec une fourchette allant de 45 ml à 100 ml. La masse prostatique moyenne était de 60 g, variant de 50 g à 90 g. Ces résultats préopératoires suggèrent que les patients inclus dans notre étude présentaient une hypertrophie prostatique modérée à sévère, entraînant des symptômes significatifs du bas appareil urinaire (Tableau 1).
Données per-opératoires et post-opératoires
La durée opératoire moyenne était de 192 minutes (3 heures et 12 minutes). Le taux de succès technique immédiat a été impacté par des défis matériels et anatomiques, conduisant à 3 conversions (9,4%) vers d'autres techniques (Tableau 1).
Evolution fonctionnelle
On note une nette amélioration du débit urinaire maximal (Qmax ) et aussi de l'IPSS. Cette évolution favorable est représentée dans le Tableau 2 [10].
Sécurité et complications
Le taux global ce complications per-opératoires était de 28,2%. Les incidents techniques liés à la courbe d'apprentissage ou au matériel (pannes du morcélateur dans 6,3% des cas) ont été relevés (Tableau 3). Les complications post-opératoires ont été classées selon Clavien-Dindo. La majorité des événements étaient de bas grade (Grade 1-2), bien qu'une prise en charge en réanimation nécessaire pour un patient (brèche sous vésicale). Aucun cas d'incontinence urinaire de novo n'a été rapporté dans notre série (Figure 1).
Anatomopathologie
Les résultats anatomopathologiques de tous nos patients ont confirmé le diagnostic d'hyperplasie bénigne de la prostate.
Analyse des points saillants
Efficacité: on observe une amélioration de 165% du Qmax et une réduction de 55% de l'IPSS dès le troisième mois.
Courbe d'apprentissage: la durée opératoire (192 min) et le taux de conversion suggèrent une série en phase initiale d'expérience technique.
Cette étude prospective avait pour objectif d'évaluer les résultats fonctionnels et la sécurité de l'énucléation prostatique au laser Holmium (HoLEP) au sein de notre établissement, sur une série de 32 patients présentant une hypertrophie bénigne de la prostate (HBP) modérée à sévère (volume moyen de 66 ml). Nos résultats démontrent une efficacité clinique majeure dès le troisième mois postopératoire, avec une amélioration de 165% du débit urinaire maximal (Qmax) et une réduction de 55% du score IPSS. Malgré ces bénéfices fonctionnels probants, l'étude met en évidence les défis inhérents à la phase initiale de l'expérience technique, illustrés par une durée opératoire moyenne de 192 minutes, un taux de conversion de 9,4% et un taux de complications global de 28,2%, principalement de bas grade. Cette étude présente comme particularité le fait qu'elle soit la première expérience nationale en terme d'HoLEP. En effet, elle comble un vide de connaissance en fournissant des données locales sur les résultats, les avantages et les défis de la procédure. Cela ouvre la voie à une meilleure compréhension de l'applicabilité et de l'efficacité de cette technique dans notre contexte marocain. En se penchant sur la courbe d'apprentissage, elle offre un aperçu précieux de l'évolution des résultats au cours du temps. En suivant les patients depuis le début de la procédure jusqu'aux étapes ultérieures de leur récupération, elle permet d'identifier les améliorations, d'anticiper les complications potentielles et éventuellement de proposer dans un futur proche des recommandations pour optimiser les résultats à mesure que les praticiens gagnent en expérience.
L'HOLEP est une technique mini-invasive qui consiste à énucléer endoscopiquement un adénome prostatique en utilisant un laser holmium pour l'hémostase et la section et ensuite il sera poussé dans la vessie puis morcelé (Figure 2, Figure 3), indépendamment de la taille de la prostate avec d'excellents résultats chirurgicaux à long terme [6]. Elle présente plusieurs avantages. D'abord elle permet la coagulation en temps réel des vaisseaux lors de l'intervention ce qui permet de réduire le risque hémorragique pendant et après le geste, une spécificité importante pour les patients prenant des antiagrégants plaquettaires ou des anticoagulants. Ensuite, grâce à la limitation du saignement, la durée d'hospitalisation est plus courte, en moyenne une journée contre 2-4 jours pour la chirurgie endoscopique classique et 4-8 jours pour la chirurgie par voie ouverte. Autres atouts de cette technique c'est qu'elle s'adresse à tous les patients, quelle que soit la taille de la prostate, avec un taux de repousse d'adénome très faible (inférieur à 2%), et des signes irritatifs minimes par rapport aux autres techniques tels que la photo vaporisation Green-light [7]. Nous avons comparé nos résultats à ceux de la littérature représentée par 3 séries: la série de Klein, la série de Zhu et la série de Chan Yanbo et al. [8-10], ceci en terme de données péri-opératoires et évolution fonctionnelle (Tableau 4) [7-9] et en terme de sécurité et complications (Tableau 5) [10,11].
Comparabilité entre les paramètres pré-opératoires
La pertinence de notre analyse repose sur la comparabilité de notre cohorte avec les grandes séries de la littérature. Dans notre étude, les patients présentaient un volume prostatique moyen de 66 ml (allant jusqu'à 100 ml), un IPSS de 17,75 et un Qmax de 6,4 ml/s. Ces caractéristiques sont globalement comparables à celles rapportées par Klein et al. [8], où le volume moyen était de 82,3 ml avec un IPSS de 19 et un Qmax de 9,4 ml/s. Bien que notre volume moyen soit légèrement inférieur à celui de Klein, le profil obstructif de nos patients était plus marqué (Qmax à 6,4 vs 9,4 ml/s), ce qui justifie l'indication opératoire et permet une comparaison directe de l'efficacité de la désobstruction entre les séries.
Analyse de l'efficacité fonctionnelle
Sur le plan fonctionnel, l'amélioration observée dans notre série est très probante. Nous avons obtenu une augmentation significative (p<0.05) de 165 % du Qmax (passant à 17 ml/s à 3 mois) et une réduction de 55% de l'IPSS. Ces données s'alignent sur les résultats de Klein et al., qui notaient une amélioration du Qmax d'environ 160% (15,1 ml/s) et une réduction de score IPSS de près de 84% (-16 points). Cette convergence démontre que, dès lors que l'énucléation est complète, l'HoLEP garantit un succès clinique constant, indépendamment de l'expérience de l'opérateur.
Courbe d'apprentissage et ses implications péri-opératoires
Le contraste majeur apparaît lors de l'analyse des indicateurs de performance. Notre durée opératoire (192 min) est significativement plus longue que celle de Klein (79,7 min). L'application du test du Chi-2 pour comparer nos taux de complications (28,2%) et de conversion (9,4%) à ceux de la série de référence (5,6% et 0,6% respectivement) révèle une différence statistiquement significative (p<0,05). Cette divergence, confirmée par l'analyse statistique, objective le défi technique de la phase initiale. Comme le suggèrent Zhu et al. et Chan Yanbo et al. [9,10], ces écarts ne remettent pas en cause la technique elle-même, mais illustrent la courbe d'apprentissage abrupte et l'influence des incidents matériels, tels que les pannes de morcellateur (6,3 % dans notre série), qui impactent directement le temps chirurgical. Un résultat remarquable de notre étude est la durée moyenne de sondage de 2,8 jours. Comparativement aux autres séries prospectives, ce délai court est statistiquement compétitif. Cela prouve que l'avantage hémostatique de l'HoLEP est préservé malgré un temps opératoire prolongé, permettant une réhabilitation postopératoire précoce des patients.
Sécurité et complications
Malgré une morbidité globale plus élevée, les complications restent majoritairement de Grade 1 et 2 de Clavien-Dindo, à l'exception d'une brèche sous-vésicale ayant nécessité une prise en charge en réanimation. L'application du test du Chi-2 montre que notre profil de sécurité est tout à fait comparable à d'autres expériences prospectives: notre taux de 25% est nettement inférieur à celui rapporté par Gabbay et al. [11] (40%), bien qu'il reste plus élevé que celui de la série de V. Comat [12] (15,4%). Cette variabilité nettement significative (p<0,05) souligne que, même en phase d'apprentissage, l'HoLEP peut être pratiqué avec une sécurité satisfaisante. Un point saillant de notre étude est l'absence totale de complication d'incontinence urinaire, alors que des séries d'experts comme celle de Klein [8] rapportent un taux de 5,9%. Dans notre série, nous avons observé une tendance à la baisse des taux de complications au fil du temps et du temps opératoire, ce qui est cohérent avec une amélioration de la courbe d'apprentissage. Cela souligne l'importance de l'expérience et de la formation pour minimiser les complications et maximiser les résultats fonctionnels [13-15].
Cette étude présente toutefois certaines limites, notamment la taille restreinte de l'échantillon (n=32) et le recul limité à trois mois, ce qui ne permet pas d'évaluer la pérennité des résultats fonctionnels. Il est également important de souligner que les études comparées ont été menées dans des centres distincts, avec des équipes chirurgicales hétérogènes et des effectifs variés; ces éléments constituent des facteurs de biais potentiels dans l'analyse comparative des résultats. Néanmoins, la force de ce travail réside dans son caractère prospectif et dans la transparence de l'analyse d'une courbe d'apprentissage réelle. L'absence totale d'incontinence urinaire et la stabilité des résultats désobstructifs malgré les défis techniques initiaux constituent des arguments solides en faveur de l'adoption de l'HoLEP, même dans des structures débutant l'activité.
Notre étude prospective démontre que l'énucléation prostatique au laser Holmium (HoLEP) permet d'obtenir des résultats fonctionnels d'excellence dès la phase initiale d'expérience technique. Nos données mettent en évidence une amélioration statistiquement significative du débit urinaire maximal (Qmax+165 %) et une réduction majeure des scores symptomatiques (IPSS -55 %) dès le troisième mois postopératoire. Ces bénéfices cliniques sont comparables aux standards de la littérature internationale, confirmant la fiabilité de la technique pour le traitement de l'hypertrophie bénigne de la prostate. Sur le plan de la sécurité, bien que notre courbe d'apprentissage se traduise par des durées opératoires prolongées (192 min) et un taux de conversion de 9,4 %, la procédure reste sûre avec une morbidité dominée par des complications de bas grade. L'absence totale d'incontinence urinaire et une durée de sondage courte (2,8 jours) soulignent la qualité de la préservation sphinctérienne et de l'hémostase laser, même durant les premiers cas. En conclusion, malgré les défis techniques et matériels initiaux, l'HoLEP s'impose comme une alternative thérapeutique efficace et sécurisée, offrant une réhabilitation rapide et un soulagement symptomatique probant pour les patients. On recommande ainsi sa réalisation avec un accompagnement par des chirurgiens expérimentés en début de courbe d'apprentissage dans des centres spécialisés.
Etat des connaissances sur le sujet
- L'HoLEP est la référence pour l'hypertrophie bénigne de la prostate, offrant des résultats fonctionnels supérieurs à long terme;
- L'incontinence urinaire d'effort transitoire est une complication fréquente signalée durant la période postopératoire immédiate;
- Cette technique chirurgicale est associée à une courbe d'apprentissage exigeante pour les praticiens.
Contribution de notre étude à la connaissance
- Ce travail constitue l'une des premières séries prospectives documentant l'implémentation et la faisabilité de l'HoLEP dans le contexte hospitalier marocain;
- Notre étude démontre la faisabilité et le potentiel d'installation de cette technologie au Maroc et dans d'autres pays africains;
- La courbe d'apprentissage peut être rapidement maîtrisée dans des centres d'expertise pour une diffusion efficace aux urologues.
Les auteurs ne déclarent aucun conflit d'intérêts.
Conception et design de l'étude, collecte des données, analyse et interprétation des données: Mustapha Ahsaini et Mohammed Amine Malki. Rédaction du manuscrit: Mustapha Ahsaini. Révision du manuscrit: Mustapha Ahsaini, Mohammed Amine Malki et Moulay Hassan Farih. Tous les auteurs ont lu et approuvé la version finale du manuscrit.
Tableau 1: données péri-opératoires
Tableau 2: évolution fonctionnelle post-opératoire
Tableau 3: complications peropératoires
Tableau 4: comparaison de résultats pré, per et postopératoires
Tableau 5: complications postopératoires de J0 à J30
Figure 1: complications post-opératoires selon Clavien-Dindo dans notre série (en %)
Figure 2: image endoscopique de la morcellation de l'adénome prostatique
Figure 3: produit de morcellation sur une cupule en fin d'intervention
- Gilling PJ, Kennett KM, Das AK, Thompson D, Fraundorfer MR. Holmium laser enucleation of the prostate (HoLEP) technique. BJU Int. 2011;107(4):596-606. Google Scholar
- Gilling PJ, Cass CB, Cresswell MD, Fraundorfer MR. Holmium laser resection of the prostate: preliminary results of a new method for the treatment of benign prostatic hyperplasia. Urology. 1996 Jan;47(1):48-51. PubMed | Google Scholar
- Mamoulakis C, Ubbink DT, de la Rosette JJ. Bipolar versus monopolar transurethral resection of the prostate: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. Eur Urol. 2009 Nov;56(5):798-809. PubMed | Google Scholar
- Gilling PJ, Aho TF, Frampton CM. Holmium laser enucleation of the prostate: results of an Australian multi-institutional study. BJU Int. 2006;97(1):99-10.
- Elshal AM, Elkoushy MA, Elhilali MM. Holmium laser enucleation of the prostate for benign prostatic hyperplasia: the Canadian experience. J Endourol. 2011;25(7):1121-6.
- Lebdai S, Chevrot A, Doizi S, Pradère B, Barry Delongchamps N, Baumert H et al. Traitement chirurgical et interventionnel de l'obstruction sous-vésicale liée à une hyperplasie bénigne de prostate: revue systématique de la littérature et recommandations de bonne pratique clinique du comité des troubles mictionnels de l'homme. Prog Urol. 2021;31(5):249-265. Google Scholar
- Reich O, Bachmann A, Siebels M, Hofstetter A, Stief CG, Sulser T. High power (80 W) potassium-titanyl-phosphate laser vaporization of the prostate in 66 high risk patients. J Urol. 2005 Jan;173(1):158-60. PubMed | Google Scholar
- Klein EA. Holmium laser enucleation of the prostate: Safety and efficacy during the learning curve. The Journal of Urology.2011; 185(5):1704-1709.
- Zhu LY. Holmium laser enucleation of the prostate versus transurethral resection of the prostate: A systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. World Journal of Urology. 2017;35(5):679-68.
- Chan Yanbo E. Holmium laser enucleation of the prostate: A systematic review of the literature. Journal of Endourology. 2019; 33(7):548-558.
- Gabbay G. Comparison of 120-watt and 80-watt high-powered holmium laser enucleation of the prostate for the treatment of lower urinary tract symptoms secondary to benign prostatic hyperplasia. Journal of Endourology. 2018; 32(11):1011-1016.
- Comat V. Complications of holmium laser enucleation of the prostate: Experience of 1,266 cases at a single center. Journal of Endourology. 2019;33(8):619-625.
- Gilling PJ, Aho TF, Frampton CM, King CJ, Fraundorfer MR. Holmium laser enucleation of the prostate: results at 6 years. Eur Urol. 2008 Apr;53(4):744-9. PubMed | Google Scholar
- Gratzke C, Bachmann A, Descazeaud A, Drake MJ, Madersbacher S, Mamoulakis C et al. EAU Guidelines on the Assessment of Non-neurogenic Male Lower Urinary Tract Symptoms including Benign Prostatic Obstruction. Eur Urol. 2015 Jun;67(6):1099-1109. PubMed | Google Scholar
- Wilson LC, Gilling PJ, Williams A, Kennett KM, Frampton CM, Westenberg AM et al. A randomised trial comparing holmium laser enucleation versus transurethral resection in the treatment of prostates larger than 40 grams: results at 2 years. Eur Urol. 2006 Sep;50(3):569-73. PubMed | Google Scholar






