Les connaissances des prestataires des soins sur le diabète sucre de type 2 à Kinshasa
Stéphane Nzambi Mpungu, Steve Botomba, Marie-Claire Muel Telo Muyer
Corresponding author: Stéphane Nzambi Mpungu, Ecole de Santé Publique de Kinshasa, Département de Santé Communautaire, Kinshasa, République Démocratique du Congo 
Received: 05 Jan 2025 - Accepted: 03 May 2026 - Published: 15 Oct 2026
Domain: Community health
Keywords: Diabète, connaissances, prestataires des soins
Funding: Cette recherche n’a reçu aucune subvention spécifique d’un organisme de financement des secteurs public, commercial ou à but non lucratif.
©Stéphane Nzambi Mpungu et al. Pan African Medical Journal (ISSN: 1937-8688). This is an Open Access article distributed under the terms of the Creative Commons Attribution International 4.0 License (https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/), which permits unrestricted use, distribution, and reproduction in any medium, provided the original work is properly cited.
Cite this article: Stéphane Nzambi Mpungu et al. Les connaissances des prestataires des soins sur le diabète sucre de type 2 à Kinshasa. Pan African Medical Journal. 2026;55:81. [doi: 10.11604/pamj.2026.55.81.46451]
Available online at: https://www.panafrican-med-journal.com//content/article/55/81/full
Les connaissances des prestataires des soins sur le diabète sucre de type 2 à Kinshasa
Knowledge of Healthcare Providers Regarding Type 2 Diabetes in Kinshasa
Stéphane Nzambi Mpungu1,&,
Steve Botomba2, Marie-Claire Muel Telo Muyer2
&Auteur correspondant
Introduction: la cible 3.4 de l'objectif de développement durable (ODD) 3 est de réduire d'un tiers, la mortalité prématurée due aux maladies non transmissibles, dont le diabète. En Afrique, les décès prématurés dûs au diabète s'élèvent à 58%, la moyenne mondiale étant 48%, et le diabète méconnu est à 53,6%. Une mauvaise connaissance des prestataires sur le diagnostic du diabète pourrait y contribuer. Ainsi nous avons voulu déterminer les connaissances des prestataires des soins sur la maladie.
Méthodes: une étude descriptive transversale a été réalisée dans les hôpitaux généraux de référence et centres de santé des 35 zones de santé de Kinshasa en mai 2024. Un échantillonnage en grappe à trois degrés a été réalisé et 193 prestataires interviewés. Quatre médecins ont collecté les données utilisant un questionnaire sur Kobo. Les connaissances selon plusieurs thématiques ont été explorées. Les fréquences et les proportions ont été utilisées. La différence entre les proportions par le test Z était statistiquement significative si p était < 0,05.
Résultats: au niveau opérationnel la couverture en nutritionniste est faible, ainsi que la formation continue. Les nutritionnistes ont une meilleure connaissance globale sur le diabète, suivi des médecins, mais pas les infirmiers. Aucun prestataire n'a défini correctement le diabète et son diagnostic biologique est mal connu. La formation continue et l'expérience professionnelle supérieure à une année ont amélioré leurs connaissances.
Conclusion: les prestataires des soins ont une mauvaise connaissance du diabète. La politique nationale devra veiller à améliorer la prise en charge du diabète et la formation continue.
Introduction: Sustainable Development Goal (SDG) 3 target 3.4 aims to reduce premature mortality from non-communicable diseases (NCDs), including diabetes, by one-third. In Africa, premature deaths due to diabetes reach 58%, compared to a global average of 48%, while the prevalence of undiagnosed diabetes is estimated at 53.6%. Inadequate knowledge among healthcare providers regarding diabetes diagnosis may contribute to this burden. This study aimed to determine the level of knowledge among healthcare providers regarding this disease. Methods: we conducted a cross-sectional descriptive study in May 2024 across the Referral General Hospitals and health centers of the 35 health zones of Kinshasa. A three-stage cluster sampling was performed, and 193 healthcare providers were interviewed. Data were collected by four physicians using a KoboToolbox questionnaire. Knowledge across several domains was explored. Frequencies and proportions were analyzed, and the Z-test was used to assess differences between proportions, with statistical significance set at p < 0.05. Results: at the operational level, nutritionist coverage and access to continuing education were low. Nutritionists demonstrated the highest overall knowledge of diabetes, followed by physicians; however, nurses showed significant gaps in knowledge. No provider correctly defined diabetes, and biological diagnostic criteria were poorly understood. Continuing education and professional experience exceeding one year were significantly associated with improved knowledge levels. Conclusion: healthcare providers demonstrate inadequate knowledge of diabetes. National policy must prioritize the improvement of diabetes management and the institutionalization of continuing professional development.
Key words: Diabetes, knowledge, healthcare providers, Referral General Hospitals, health centers
Le diabète est une maladie chronique grave qui se déclare lorsque le pancréas ne produit pas suffisamment d'insuline, ou lorsque l'organisme n'est pas capable d'utiliser efficacement l'insuline [1]. Il représente un problème majeur de santé publique en raison de ses lourdes conséquences, morbidité et mortalité qui constituent un fardeau social et impactent énormément la qualité de vie de l'individu, de la famille et de la société. L'objectif de développement durable (ODD) 3, ainsi que sa cible connexe 3.4 se veut de réduire d'un tiers d'ici à 2030, par la prévention et le traitement, le taux de mortalité prématurée due à des maladies non transmissibles et promouvoir la santé mentale et le bien-être. L'indicateur à surveiller est ainsi le taux de mortalité attribuable à des maladies cardiovasculaires, au cancer, au diabète ou à des maladies respiratoires chroniques [2]. Pour une bonne prise en charge du diabète, il est impérieux que les prestataires des soins aient des bonnes connaissances et attitudes sur la maladie. En Afrique, 23,6 millions d'adultes vivent avec le diabète [3]. La proportion de décès prématurés dus au diabète (avant l'âge de 70 ans) s'élève à 58% soit plus que la moyenne mondiale de 48% [3]. Selon la Fédération Internationale du Diabète (FID), l'Afrique est la région ayant la proportion la plus élevée des cas de diabète non diagnostiqués, soit 53,6% [4]. Ceci pourrait résulter d'une mauvaise connaissance des prestataires sur le dépistage et le diagnostic de la maladie. Le nombre inadéquat des prestataires des soins de santé formés est l'un des obstacles au dépistage du diabète [3].
La République Démocratique du Congo (RDC) comptait environ 102 262 808 d'habitants avec un taux de croissance de 3,2% de variation annuelle en 2023 [5]. Le diabète est estimé à près de 4,8% de la population du pays selon la FID [4]. Le Plan National De Développement Sanitaire 2016-2020 (PNDS) dit que la qualité insuffisante des prestataires des soins de santé liée à la prolifération des établissements du niveau secondaire, supérieur et universitaire ne répondant pas aux normes impacte négativement la qualité des services des soins de santé offerts à la communauté [6]. A Kisangani par exemple, l'étude sur les connaissances et pratiques des médecins généralistes sur la prise en charge du diabète sucré menée en 2020 a relevé un score inférieur à 30 des médecins ayant une bonne connaissance sur la maladie [7]. En 2012, le Programme national de lutte contre le diabète (PNLD) a organisé des formations pour les prestataires des soins sur le diabète avec le financement de la World Diabetes Foundation (WFD) à Kisantu, Kikwit, Lubumbashi et Kananga. La Medische Missie Samenwerking (MEMISA), le Docteur Declerk et la Maison de Solidarité des Diabétiques au Congo (MSDC) s'activent dans la formation des prestataires des soins. Face à cette épidémie du diabète, les prestataires des soins de santé doivent être bien formés pour identifier précocement la maladie et prévenir les complications. Une personne diabétique mal traitée peut présenter des complications aigues (hypoglycémie, hyperglycémie ou acidose) et chroniques dont les plus fréquentes concernent les yeux, le cœur, les artères, les reins, les nerfs et les pieds. Le dépistage et le traitement précoces permettent de réduire la survenue des complications [8]. Le diabète du type 2 représente 85 à 90% de tous les cas de diabète dans le monde. Ainsi notre travail a pour objectif d'explorer les connaissances et attitudes des prestataires des soins sur ce type de diabète dans les 35 zones de santé de Kinshasa.
Contexte: la ville province de Kinshasa est découpée en 35 Zones de Santé (ZS) qui sont des unités opérationnelles des prises en charge des problèmes de santé dans la communauté délimitée géographiquement dans les limites d'un territoire ou d'une commune (au moins 100.000 Habitants). Il existe dans chaque ZS un HGR et plusieurs CS offrant des services de santé intégrés pour la population locale. Les 35 ZS, principalement les hôpitaux généraux de référence (HGR) et quelques centres de santé (CS) ont constitué le cadre de notre étude. A Kinshasa, hormis les établissements des soins de santé (ESS) des organisations religieuses et les structures privées, La prise en charge de diabète est mieux intégrée dans les structures sanitaires appartenant aux EES du BDOM et de l'Armée du salut, et demeure un défi dans les autres établissements des soins [9]. Notre étude a utilisé une approche descriptive transversale. La population d'étude était en premier lieu les HGR et les CS des différentes ZS de Kinshasa et en seconde lieu les prestataires des soins (médecins, infirmiers et nutritionnistes). Etaient inclus: l'HGR de la ZS et trois CS: un étatique, un privé collaborant avec la ZS et un confessionnel. Etaient exclus, les ESS des confessions religieuses du BDOM et de l'Armée du salut.
Echantillonnage: nos unités statistiques étaient un établissement des soins (une HGR ou un CS) et un prestataire des soins (médecin, nutritionniste, infirmier). La taille de l'échantillon était calculée en utilisant la formule suivante:
où Z2= 1,96, où d= 0,05, p=proportion des répondants ayant un niveau de connaissances élevé sur le diabète dans l'étude de Musafiri [7] à Kisangani (14,04%). La taille de l'échantillon était de 185. En ajoutant les 10% de non réponses, cela fait 204,5 que nous avons arrondi à 210 prestataires à interviewer. L'échantillonnage a été réalisé en grappe à trois degrés. Au premier degré, toutes les 35 ZS ont été prises de manière exhaustive. Au deuxième degré, dans les ZS, tous les HGR ont été pris de manière exhaustive. En plus un échantillon aléatoire simple des CS (centres étatiques, privés et confessionnels), a été tiré sur base de la liste des CS répondant aux critères proposés. Si une catégorie de CS manquait, un troisième CS dans la catégorie ayant plus des centres de santé était choisi. Au troisième degré, au niveau de l'HGR, parmi les médecins présents au service le jour de l'enquête, un médecin du service de médecine interne et un des urgences étaient choisis. Et nous avons choisi aussi au hasard un nutritionniste. Au niveau du CS, nous avons pris l'infirmier titulaire du centre et un médecin (pour les CS qui ont un médecin consultant).
La technique de collecte des données: l'interview était basée sur un questionnaire structuré à l'aide du logiciel Kobo téléchargé dans le téléphone de l'enquêteur.
Collecte des données: au préalable, le protocole a été soumis au comité d'éthique de l'Ecole de Santé Publique sous le numéro ESP/CE/74/2024. Ensuite les autorisations des autorités du Ministère de la Santé, des Médecins Chef de Zone ainsi que des Médecins Directeurs des HGR ont été sollicités. Quatre médecins ont servi comme enquêteurs, après une formation de deux jours focalisée sur la méthodologie de l'étude, l'administration du questionnaire, l'utilisation du logiciel Kobo et sur le diabète sucré. Avant l'administration du questionnaire, l'enquêteur a expliqué l'objectif de l'étude et obtenu le consentement verbal de la personne à interviewer. La connaissance était évaluée en fonction de sept variables: la définition du diabète, les types de diabète, le diagnostic clinique, le diagnostic biologique, les facteurs de risque de diabète, les complications aigues et les complications chroniques dues au diabète (ce tableau est présenté dans le matériel en annexe). La connaissance de manière globale sur le diabète était notée « Bonne » chez le répondant qui a un niveau de connaissance élevé sur au moins quatre variables sur sept. Dans le cas contraire elle est notée « Mauvaise ». La collecte des données s'est déroulée du 5 au 15 mai 2024, en raison d'un jour par ZS. Trois enquêteurs ont travaillé dans neufs ZS à chacun et un enquêteur a travaillé dans huit ZS pour faire un total de 35 zones de santé. Le 10ème jour a servi pour la récupération, certains enquêteurs n'ayant pas fini le travail.
Traitement et d'analyse des données: après la collecte, à partir du logiciel Kobo, les données ont été téléchargées et exportées vers Excel16 et SPSS25.0 pour leurs traitements et analyses. Les variables catégorielles étaient résumées par leurs fréquences (absolues et relatives). Nous avons déterminé les proportions par catégorie professionnelle (Médecins, infirmiers et nutritionnistes) et la différence entre les proportions par le test Z. La différence était statistiquement significative si p était < 0,05.
Considérations éthiques: nous avons reçu l'aval du comité d'éthique de l'Ecole de Santé Publique de Kinshasa. Avant l'administration du questionnaire, chaque enquêteur a présenté le consentement éclairé au participant. Tous les participants ont été informés que la participation à l'étude est volontaire et qu'ils pouvaient interrompre l'entretien n'importe quand. Seul l'investigateur principal avait accès aux données garantissant la confidentialité du répondant. Il n'y a eu aucun bénéfice direct lié à la participation à l'étude mais les résultats de l'étude permettront au gouvernement de la RDC de mettre en place des interventions basées sur les évidences scientifiques. Pour respecter le principe de la justice, les participants ont été choisi de façon équitable ne tenant pas compte de considération religieuse, ethnique ou sociale. Le prétest de l'outil s'est déroulé dans la cité de Kasangulu, à quelques kilomètres de Kinshasa, chez quatre médecins, infirmiers et nutritionnistes, à raison d'un de chaque catégorie par enquêteur.
Nous avons visité au total 143 ESS dans les 35 ZS de Kinshasa à raison de 73 établissements privés, 48 étatiques et 22 confessionnelles. Ont été interviewés 193 prestataires des soins de santé, dont 122 médecins généralistes, 52 infirmiers et 19 nutritionnistes. Sur les 35 ZS, neuf n'ont pas de service de nutrition, sept ont des CS de référence (CSR) en lieu et place d'un Hôpital Général de Référence. Nous avons enregistré six cas de refus. Les résultats portent sur les caractéristiques générales et les connaissances des prestataires des soins sur le diabète sucré.
Les caractéristiques générales des prestataires des soins: la moitié des prestataires des soins avaient plus de 40 ans. Le sex ratio était de 2,2:1. La majorité des prestataires étaient des médecins généralistes, avaient plus de 10 ans d'expérience dans leur travail, n'avaient pas suivi de formation sur le diabète sucré et étaient formés avant 2021 (Tableau 1). En 2023, 18 prestataires ont été formés et en 2024 seulement six ont reçu une formation.
Les connaissances des prestataires des soins sur le diabète sucré: le niveau de connaissance des prestataires des soins d'une façon générale sur le diabète est faible.
Les connaissances des prestataires des soins selon leurs catégories: dans l'ensemble parmi les femmes, seulement 10,9% avaient des bonnes connaissances sur le diabète sucré, tandis que parmi les hommes c'étaient 14,8%. Aucun infirmier n'avait une bonne connaissance sur le diabète, tandis que 21,1% (n=4) des nutritionnistes avaient une bonne connaissance, suivi des médecins (15,6%, n=19) et la différence entre les trois catégories était statistiquement significative (p=0,000). Sur le total des prestataires des soins ayant suivi une formation sur le diabète en cours d'emploi (n=75), 25,3% (n=19) avaient une bonne connaissance tandis que seuls 3,4% de ceux qui n'ont pas suivi la formation avaient une bonne connaissance (p=0,001). Une expérience professionnelle de plus d'une année améliorait les connaissances. Sur les 23 participants ayant eu des bonnes connaissances (n=21, 91,3%) étaient concernés.
Les connaissances des prestataires des soins selon les thématiques: aucun prestataire n'a défini correctement le diabète (Tableau 2). En ce qui concerne le type de diabète, les médecins le connaissent mieux, mais peu d'infirmiers le connaissent. Le diagnostic clinique de diabète est mieux connu des prestataires des soins et particulièrement des médecins suivis des nutritionnistes. Tandis que le diagnostic biologique est beaucoup moins connu, seulement 23,8% le connaissent. Pendant que 89,3% des médecins connaissaient les signes cliniques, seulement 34,4% connaissent le diagnostic biologique. Les 74,6% des prestataires ont un faible niveau de connaissance sur les facteurs de risque du diabète du type 2. Aucun infirmier ne connaît totalement les facteurs de risque. Curieusement les nutritionnistes ont plus de connaissance à ce sujet par rapport aux médecins (Tableau 2). La même situation prévaut pour les connaissances sur les complications aigües du diabète (Figure 1). Pendant que les complications chroniques sont mieux connues des médecins et nutritionnistes, mais très peu des infirmiers (Figure 2).
Cette étude a été réalisée afin de déterminer les connaissances des prestataires des soins de santé de Kinshasa sur le diabète. L'étude a révélé que les nutritionnistes ont une meilleure connaissance globale sur le diabète suivi des médecins. Les infirmiers n'ont pas une bonne connaissance. La formation en cours d'emploi et l'expérience professionnelle de plus d'une année ont contribué à l'amélioration des connaissances des prestataires des soins.
Les caractéristiques des prestataires des soins
L'étude s'est focalisée sur trois catégories professionnelles à savoir les médecins généralistes (n=122), les infirmiers (n=52) et les nutritionnistes (n=19). Musafiri en 2020 à Kisangani [7] s'est focalisé uniquement sur les médecins généralistes. Pourtant dans le système des soins du pays (RDC), la prise en charge du diabète commence au niveau des centres de santé où c'est l'infirmier qui reçoit les malades, pose le diagnostic et administre un traitement. Il faut aussi relever que les nutritionnistes ont un rôle capital dans le régime alimentaire du diabète. Ce régime fait partie des piliers de la prise en charge du diabète [10]. Parmi les prestataires des soins, la proportion des hommes (68,4%) est presque le double de celle des femmes. Cette proportion se rapproche de celle (77,2%) rapportée par Musafiri [7]. La majorité des prestataires ont une expérience de 10 ans et plus de travail et pourtant la proportion de ceux qui ont suivi une formation en cours d'emploi demeure faible. Ceci est susceptible d'affecter la qualité de prise en charge du diabète. Comme l'a indiqué Konnyu et al. en 2023 [11], la formation des professionnels de santé est l'une des principales stratégies pour l'amélioration de la qualité des soins du diabète. Le PNLD doit capaciter régulièrement les prestataires des soins du niveau opérationnel sur la prise en charge du diabète. La mission du Ministère de la Santé est « de contribuer à l'amélioration de l'état de santé de l'ensemble de la population congolaise en organisant des services sanitaires de qualité » et notamment, des prestations des soins de santé de qualité (Ordonnance n° 014/078 du 7 décembre 2014).
Aucun prestataire des soins n'a défini correctement le diabète et 34,7% ont un niveau moyen de connaissance sur la définition du diabète. Ceci se rapproche de Musafiri (score < 30) et de Sanon au Burkina Faso (17,1%) [12]. La faible connaissance sur la définition du diabète chez les prestataires des soins contribue à leur faible implication dans la sensibilisation de la communauté sur le diabète. Les différents types de diabète sont mal connus par la majorité des prestataires (35,2%), moins de la moitié des médecins (46,7%) et des nutritionnistes (36,8%) ont une connaissance élevée sur les types de diabète et seulement 7,7% des infirmiers. La connaissance des différents types de diabète permet aux prestataires des soins de définir un traitement adéquat [10]. Concernant le diagnostic clinique du diabète, l'étude a révélé que 73,0% des prestataires des soins ont une connaissance élevée sur le diagnostic clinique du diabète. La majorité des médecins (89,3%) ont une meilleure connaissance suivie des nutritionnistes (52,6%) et moins de la moitié des infirmiers (42%). Sanon a trouvé un résultat proche (67%) [12]. La faible connaissance des infirmiers au niveau des CS sur le diagnostic clinique du diabète constitue l'un des gaps importants pour le dépistage du diabète et le risque de morbidité et de décès.
Les prestataires des soins au Nigeria avaient une bonne connaissance des symptômes classiques du diabète, mais une très mauvaise sur les seuils glycémiques pour le diagnostic [13]. Parmi les cibles de couverture mondiale pour le diabète, proposés à la 75e assemblée mondiale de l'OMS en 2022, d'ici 2030, 80% des personnes atteintes de diabète devront être diagnostiquées [14]. Piffaretti en 2013 a classé la connaissance sur le diagnostic biologique du diabète parmi les déterminants de la mortalité des personnes diabétiques de type 2 [15]. La faible connaissance des prestataires des soins sur le diagnostic biologique du diabète favorise une mauvaise prise en charge de la maladie et contribue à l'augmentation de sa mortalité. En Egypte 85,7% médecins de famille en milieu urbain avaient une bonne connaissance sur le diagnostic biologique du diabète [16]. Parmi ces derniers, étaient plus concernés ceux ayant une certification ou ayant suivi une formation antérieure. En Iran aussi les connaissances des médecins de famille en ce qui concerne le dépistage, le diagnostic et le traitement étaient suboptimales [17].
Les facteurs de risque du diabète favorisent l'apparition et le développement de la maladie. La connaissance de ces facteurs permet de les contrôler et prévenir la maladie ou son aggravation [18]. L'étude a révélé que seulement 5,2% des prestataires des soins ont un niveau élevé de connaissances sur les facteurs de risque de diabète et 20,2% ont un niveau moyen. Aucun infirmier n'a un niveau élevé de connaissances sur les facteurs de risque de diabète. Ceci contribue à la faible implication des prestataires des soins sur la prévention du diabète. Piffaretti avait énuméré les facteurs de risque de diabète du type 2 parmi les déterminants de la mortalité des personnes diabétiques avec des risques relatifs élevés [15]. L'étude a révélé que seulement 5,2% des prestataires des soins ont un niveau élevé de connaissances sur les complications aigües dues au diabète et 36,3% ont un niveau moyen. Aucun infirmier n'a un niveau de connaissance élevé. Pourtant les personnes vivant avec le diabète ont un risque accru de développer des complications liées au diabète [19]. Les complications chroniques dues au diabète sont mal connues par la majorité des prestataires, 42%. Seulement 33,6% des médecins, 26,3% des nutritionnistes et 1,9% des infirmiers ont un niveau de connaissances élevées sur les complications chroniques dues au diabète. Les connaissances des prestataires sur les complications dues au diabète permettent de faire un suivi adéquat des patients diabétiques afin de les prévenir et réduire la mortalité. La FID a révélé que les personnes diabétiques sont plus susceptibles de développer une maladie cardiovasculaire, une forme de perte de vision, l'insuffisance rénale et la perte d'un membre inferieur [19]. Cette faible connaissance des prestataires des soins de notre étude favorise l'augmentation des complications et la mortalité.
Cette étude a révélé que seulement 11,9% des prestataires des soins ont une bonne connaissance globale sur le diabète. Parmi ceux qui ont suivi une formation en cours d'emploi sur le diabète, seuls 25,3% ont une bonne connaissance globale sur le diabète. Par contre en Egypte (77,4%) des médecins de famille ayant une formation antérieure avaient des bonnes connaissances [16]. Sanon a trouvé que près du quart (22,0%) des professionnels de santé savaient que le diabète peut être contrôlé [12]. En Arabie Saoudite les médecins travaillant au niveau primaire, plus âgés et plus expérimentés, avaient de meilleures connaissances sur le diabète sucré que les autres [20]. En Chine, une étude conduite dans le département d'endocrinologie du premier Hôpital en 2023 chez les travailleurs médicaux engagés en première ligne de pratique clinique a montré que la moitié d'entre eux avaient une bonne connaissance du diabète. Ceci était favorisé par la mise en place de plateforme d'information sur le diabète [21]. Au Cameroun, les connaissances des médecins travaillant au niveau primaire des soins n'étaient pas optimales nécessitant l'amélioration de leur formation et la vulgarisation de guidelines cliniques [22]. Tout ceci souligne l'importance de la formation en cours d'emploi et la vulgarisation de guidelines.
Les spécialistes en diabétologie sont les plus compétents pour les soins du diabète. Kinshasa compte moins de 10 diabétologues, dont la grande partie œuvrent au sein des Cliniques Universitaires (hôpital de niveau tertiaire). Dans les autres provinces de la RDC, cette catégorie de spécialiste est très rare. Ainsi ce sont les prestataires de première ligne, médecins, infirmiers et nutritionnistes qui reçoivent le gros des patients. Plusieurs tentatives ont été faites pour réduire le gap dans la formation de ces prestataires. Un modèle de soins chronique dans le système des soins primaires a été construit pour les pays à faible et moyenne ressources [23]. Le Dr Declerk a initié une formation des prestataires de première ligne depuis 1974. Le projet Novo-Nordisk et Lily en ont proposé d'autres depuis 2012. La faible connaissance des prestataires des soins sur le diabète impacte énormément sur la qualité de la prise en charge et favorise l'augmentation de la morbi-mortalité. En Afrique, la proportion de décès prématurés dus au diabète (décès survenus avant l'âge de 70 ans) s'élève à 58% soit plus que la moyenne mondiale de 48% [3]. Les connaissances des prestataires de première ligne sur la maladie sont cruciales pour réduire le fardeau de la maladie. Le PNDS de 2019-2022 [24] reconnait « la qualité insuffisante de l'enseignement des professionnels de santé et du développement des compétences des prestataires due à la prolifération des établissements d'enseignement du niveau secondaire et universitaire ne répondant pas aux normes requises et l'absence d'un système de formation continue ».
L'OMS, l'OCDE et la Banque Mondiale [25] reconnaissent « qu'à l'heure actuelle, on constate dans tous les pays des erreurs médicamenteuses ou de diagnostic, des traitements inadaptés ou inutiles, des structures ou des pratiques cliniques inadaptées ou dangereuses, ou encore des prestataires de soins de santé qui manquent de formation et de compétences ». « Les professionnels de santé de sept pays africains à revenu faible et intermédiaire n'ont été capables de faire un diagnostic correct que dans un tiers à trois quarts des cas [25] » « Faute de services de santé de qualité, la couverture maladie universelle n'est qu'une vaine promesse » a déclaré le Secrétaire général de l'OCDE.
Les forces de l'étude: l'étude a visé toutes les ZS de la ville de Kinshasa et toutes les catégories de prestataires. Elle contribue à la compréhension des défis liés à la gestion du diabète dans les milieux à faibles ressources, en soulignant la nécessité d'interventions sur mesure qui tiennent compte des réalités locales.
Les limites de l'étude: la présente étude étant descriptive, il sera difficile d'établir la relation de cause à effet pour mieux cerner le problème. Une autre limite est le fait de se focaliser uniquement sur les connaissances, sans tenir compte d'autres facteurs tels que les attitudes, les pratiques ou la disponibilité des ressources, qui ont également une incidence sur la gestion du diabète. Ceci fera partie des études suivantes.
Cette étude avait pour objectif de déterminer les connaissances des prestataires des soins de santé de la ville de Kinshasa sur le diabète sucré. Il en ressort qu'une faible proportion des prestataires ont des bonnes connaissances globales sur le diabète. La formation en cours de l'emploi est de moins en moins réalisée au niveau opérationnel, les normes nationales sur la prise en charge de diabète sont mal connues chez prestataires des soins du niveau opérationnel, la couverture en nutritionnistes au niveau opérationnel est très faible. Cette situation favorise l'augmentation de la morbi-mortalité liées au diabète à Kinshasa en particulier et en RDC en général. Il est important que la politique nationale place dans ses priorités l'intégration de la prise en charge du diabète dans toutes les ZS du pays, l'affectation de nutritionnistes dans les HGR des ZS et l'organisation régulière de formations actualisées en cours d'emploi.
Etat des connaissances sur le sujet
- En RDC, les connaissances sur le diabète sont encore limitées mais des progrès ont été réalisés ces dernières années par le canal de plusieurs initiatives de formation ;
- Il y a un gap dans la spécialisation chez les professionnels de santé, qui sont souvent des médecins généralistes, et des infirmiers.
Contribution de notre étude à la connaissance
- Cette étude apporte une vision des défis spécifiques auxquels le pays est confronté en matière de diabète; l'étude montre la répartition inégale des catégories de prestataires de soins de santé et aussi les inégalités dans les connaissances;
- L'étude a révélé un sous-diagnostic important du diabète en RDC, elle souligne la nécessité d'un meilleur diagnostic et de la prévention pour gérer efficacement l'augmentation du diabète en RDC; elle a montré la nécessité de renforcer la gestion des complications, ainsi l'étude met en lumière le fait que la prise en charge du diabète demeure un défi majeur, en autre par la lacune de formations;
- L'étude a fourni des données clés pour influencer les politiques de santé publique en RDC, elle révèle l'urgence de la formation continue des personnels de santé.
Les auteurs ne déclarent aucun conflit d'intérêts.
Stéphane Nzambi Mpungu a contribué à la conception, à l'acquisition de données, à l'analyse, à l'interprétation des données, à la rédaction et la révision de l'article, à l'approbation finale de la version à publier. Steve Botomba a contribué à la conception, à l'analyse, à l'interprétation des données, à la rédaction et la révision de l'article, l'approbation finale de la version à publier Marie-Claire Muyer a contribué à la conception, à l'analyse, à l'interprétation des données, à la rédaction, à la révision de l'article, l'approbation finale de la version à publier et a supervisé toute l'étude. Tous les auteurs ont lu et approuvé la version finale du manuscrit.
Nous remercions les enquêteurs qui ont fait la collecte des données pour cette étude: Oripale Augustin, Djembi Steve, Kuyu Henoc et Mutombo Gabriel-Didier.
Tableau 1: caractéristiques générales des prestataires des soins
Tableau 2: les connaissances des prestataires des soins de la ville de Kinshasa sur le diabète en 2024
Figure 1: les connaissances sur les complications aigües dues au diabète
Figure 2: les connaissances sur les complications chroniques dues au diabète
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