Évaluation de l´efficacité des tapettes à rat dans la lutte contre la peste au niveau des zones endémiques de Madagascar: une étude transversale
Vatsiharizandry Mandrosovololona, Mamitahiana Rakotoson, Gilbert Kayoko, Laurent Musango
Corresponding author: Vatsiharizandry Mandrosovololona, Organisation Mondiale de la Santé, Antananarivo, Madagascar 
Received: 01 Jul 2024 - Accepted: 08 Sep 2026 - Published: 05 Oct 2026
Domain: Infectious diseases epidemiology,Vector control
Keywords: Peste, Madagascar, tapettes à rat
Funding: Cette recherche n’a reçu aucune subvention spécifique d’un organisme de financement des secteurs public, commercial ou à but non lucratif.
©Vatsiharizandry Mandrosovololona et al. Pan African Medical Journal (ISSN: 1937-8688). This is an Open Access article distributed under the terms of the Creative Commons Attribution International 4.0 License (https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/), which permits unrestricted use, distribution, and reproduction in any medium, provided the original work is properly cited.
Cite this article: Vatsiharizandry Mandrosovololona et al. Évaluation de l´efficacité des tapettes à rat dans la lutte contre la peste au niveau des zones endémiques de Madagascar: une étude transversale. Pan African Medical Journal. 2026;55:56. [doi: 10.11604/pamj.2026.55.56.44494]
Available online at: https://www.panafrican-med-journal.com//content/article/55/56/full
Research 
Évaluation de l´efficacité des tapettes à rat dans la lutte contre la peste au niveau des zones endémiques de Madagascar: une étude transversale
Évaluation de l'efficacité des tapettes à rat dans la lutte contre la peste au niveau des zones endémiques de Madagascar: une étude transversale
Assessment of the effectiveness of rat snap traps for plague control in endemic areas of Madagascar: a cross-sectional study
Vatsiharizandry Mandrosovololona1,&, Mamitahiana Rakotoson1, Gilbert Kayoko1, Laurent Musango1
&Auteur correspondant
Introduction: Madagascar est un pays endémique à la peste. En 2017, le pays a fait face à une épidémie de peste pulmonaire au niveau des zones urbaines. La lutte antivectorielle et anti-réservoir fait partie des stratégies de lutte. De nombreuses preuves scientifiques démontrent que la diminution de la densité murine contribuerait à la réduction de la transmission de la peste à l'homme. En effet, la présente étude transversale consiste à évaluer l'efficacité des tapettes à rats utilisées dans le cadre de la dératisation et de désinsectisation au niveau des zones endémiques, et d'évaluer la circulation murine au niveau des ménages avant et après l'utilisation des tapettes à rat, ainsi que les facteurs associés.
Méthodes: l'étude a été menée au niveau des 2 districts endémiques de la peste durant 3 mois, du mois de juin au mois d'août 2019. Il s'agit d'une étude transversale. La circulation murine dans les ménages avant et après l'utilisation des tapettes à rats a été évaluée. Puis, les tapettes à rat ont été placées dans les ménages pour capturer les rats.
Résultats: il a été constaté qu'une tapette à rat attrape en moyenne 4 rats. Il existe une relation statistiquement significative entre la circulation murine et le stockage alimentaire, l'existence des haies de sisal, des jardins potagers et des arbres fruitiers.
Conclusion: la dératisation avec les tapettes à rats permet de réduire la population murine et l'incidence des cas de peste.
Introduction: Madagascar is a plague-endemic country. In 2017, the country experienced an outbreak of pneumonic plague in urban areas. Vector and reservoir control is one of the strategies used to combat plague. A large body of scientific evidence indicates that reducing rodent population density may contribute to reducing the transmission of plague to humans. The present cross-sectional study aimed to assess the effectiveness of rat snap traps used for rodent control and disinsection in endemic areas, to assess rodent activity in households before and after the use of rat snap traps, and to identify the associated factors. Methods: we conducted a cross-sectional study in two plague-endemic districts over a three-month period, from June to August 2019. Rodent activity in households was assessed before and after the use of rat snap traps. The traps were then placed in the households to capture rats. Results: it was found that each rat snap trap captured an average of four rats. There was a statistically significant association between rodent activity and food storage, as well as the presence of sisal hedges, vegetable gardens, and fruit trees. Conclusion: rodent control using rat snap traps reduces the rodent population and the incidence of plague cases.
Key words: Plague, Madagascar, rat snap traps
La peste fait partie des risques sanitaires très élevés selon la dernière évaluation des risques sanitaires menée par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) à Madagascar. La peste reste une maladie endémique à Madagascar. La saison favorable à la transmission de la maladie s'étale généralement entre septembre et avril avec 200 à 400 nouveaux cas par an, essentiellement de forme bubonique. La flambée épidémique de peste de 2017 était particulière du fait de son ampleur, de son caractère urbain et de la prédominance de la forme pulmonaire. L'épidémie, classée au grade 2 par l'OMS, a enregistré 2 417 cas notifiés par 58/119 districts sanitaires répartis dans 14/23 régions, avec un taux de positivité de 50% et un taux de létalité de 30% [1-3]. Face à cela, Madagascar a mis au point des stratégies de lutte, parmi lesquelles la lutte antivectorielle et anti-réservoir. Il a été proposé de mener des études sur l'efficacité des pièges à rats afin de réduire la population murine au niveau des sites pilotes en les utilisant au niveau des ménages [4].
Bien que la capture des rats vivants soit efficace pour la surveillance des indicateurs et vectorielle, elle n'est généralement pas efficace en termes de réduction de la population murine. Il a été démontré que les rongeurs ont des impacts multiples, endommageant les cultures, causant des pertes après la récolte, contaminant les aliments stockés et les réserves d'eau, et transmettant des maladies par contamination, par des morsures sur l'homme et comme vecteurs de zoonoses. En effet, la réduction de la densité murine est un élément clé de la prévention de la peste. De nombreuses preuves scientifiques démontrent que la diminution de la densité murine contribuerait à la réduction de la transmission de la peste à l'homme [5-10]. Aussi, le Ministère de la Santé publique en collaboration avec ses partenaires projette de mettre en place une nouvelle stratégie basée sur la réduction de la population murine par l'utilisation de pièges à rats ou tapettes au niveau des ménages durant la période de faible transmission de la peste.
La présente étude vérifie l'hypothèse de l'efficacité de l'utilisation des tapettes dans la réduction de la circulation murine et l'incidence de la peste. L'objectif général consiste à évaluer l'efficacité des tapettes utilisées dans le cadre de la dératisation. Les objectifs spécifiques de l'étude visent à: mener un suivi de la circulation murine au niveau des sites pilotes avant et après utilisation des tapettes ; déterminer les caractéristiques environnementales des sites d'intervention et proposer des recommandations et ou des suggestions pour améliorer les approches actuelles.
Cadre de l'étude: afin de déterminer l'efficacité des tapettes à rats dans la réduction de la circulation murine dans les ménages, la présente étude transversale a été menée au niveau des ménages des 2 sur les 47 districts sanitaires endémiques de la peste, à Madagascar, à savoir le district de Tsiroanomandidy et de Manandriana qui ont notifié le plus des cas de peste durant les cinq dernières années (Figure 1, Figure 2).
Contexte organisationnel: madagascar est une grande île du continent africain, la cinquième plus grande île du monde, avec une population totale estimée à 29 914 679 habitants. Il est situé dans la partie Sud-Ouest de l'Océan Indien. À l'ouest, le canal du Mozambique le sépare de l'Afrique, et à l'Est, l'Océan Indien. Il s'étend sur une superficie de 587 041km², sur une longueur de 1 600km du nord au sud, et sur une largeur de 580km de l'Est à l'Ouest, avec 5 603km de zones côtières. Avec un relief très varié, Madagascar est caractérisé par un climat tropical, avec une alternance entre la saison sèche ou l'hiver, du mois de mai au mois d'Octobre, et la saison des pluies, du mois de novembre au mois d'avril. Il présente quatre principales zones climatiques: la côte Est humide, les hautes terres centrales, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest semi-aride. La température moyenne annuelle varie de 14 à 22 °C et les précipitations moyennes annuelles se situent entre 500mm et 2.750mm. Le pays dispose de 23 régions administratives et sanitaires subdivisées en 114 districts sanitaires, 1 693 communes et 1 851 villages. Cette étude de type transversale a duré 3 mois, du mois de juin au mois d'aout 2019, à savoir 1 mois de préparation technique et administrative (Recrutement des ménages, formation, distribution des tapettes au niveau des ménages), 1 mois de collecte des données sur la circulation murine et suivi de la mise en place des tapettes à rat dans les ménages et 1 mois d'analyse et de rédaction des résultats.
Participants: les participants ont été représentés par les ménages au niveau des villages ayant rapporté des cas de peste au cours des cinq dernières années. Un ménage, est défini comme étant un groupe de personnes apparentées ou non, vivant ensemble, habituellement sous le même toit ou dans un même domaine, qui rassemblent leurs revenus en vue de les consommer ensemble, et qui reconnaissent l'autorité d'un membre appelé chef du ménage. En effet, les ménages ont été choisis à partir d'une base de données de recensement au niveau des autorités administratives locales des villages qui ont notifié des cas de peste lors des cinq dernières années.
Variables: les variables étudiées sont représentées par les: variables dépendantes quantitatives notamment le score d'activités des carreaux et le nombre des rats capturés à travers la densité murine et variables indépendantes sur les caractéristiques épidémiologiques des ménages, comme facteurs d'exposition: nombre de pièces (≤3/>3), existence des étages (Oui/Non), mur (Terre cuite/Brique, Béton), toiture (Paille/Tôle, tuile), sol (Terre/Autres), stockage alimentaire (Oui/Non), rat proofing (Oui/Non), Rizière (Oui/Non), végétations (Oui/Non), types de végétations (Potagère/Broussailles), sisal (Oui/Non), animaux domestiques (Oui/Non) [11-14]. Des facteurs de confusion pourraient être observés et seront discutés.
Sources des données et mesures: les données ont été collectées à l'aide d'un questionnaire et d'un formulaire électronique ODK Collect téléchargés sur des tablettes à disposition des investigateurs. Elles ont été stockées dans un serveur, exploitable par extraction et géré par un seul utilisateur, le programmeur. L'accès à l'ordinateur est verrouillé par un mot de passe. Les investigateurs ont formé les agents de santé locaux et les agents communautaires sur la conduite de l'étude, pour la collecte des données et l'utilisation des tapettes à rat dans les ménages. Ils ont formé à leur tour les ménages sélectionnés à l'utilisation et au traitement des rats capturés. Pour chaque ménage, un consentement éclairé écrit a été obtenu avant de mener l'étude à travers les entrevues individuelles, l'observation, la démonstration. Les ménages ont été approvisionnés en intrants, outils nécessaires et consommables dans la réalisation de l'évaluation de l'efficacité des tapettes à rat.
Pour les variables dépendantes, la collecte des données sur le score d'activités des carreaux et le nombre de rats capturés s'est faite comme suit: pour la collecte des données sur le score d'activités des carreaux, au niveau des ménages sites sentinelles, avant et après la mise en place des tapettes, deux carreaux blancs ont été teintés et noircis par des flames de feu. Ils ont été placés, durant 3 nuits, dans un coin, dans les ménages où la présence des rongeurs est observée et/ou suspectée. Après chaque nuit, la circulation murine dans les ménages a été évaluée indirectement à travers le comptage du nombre de carreaux montrant les traces des pattes des rats. Un film plastique divisé en 16 carrés a été utilisé pour cet effet, pour donner un score d'activité de carreaux sur 16. Les deux carreaux sont lavés après chaque nuit, suivis d'une hygiène des mains. Cette mesure a été prise avant et après la mise en place des tapettes dans les ménages en comparant l'évolution en termes de proportion. Les données seront rapportées par les agents de santé et les investigateurs de l'étude à l'aide du formulaire ODK Collect sur les tablettes.
Pour la collecte des données sur le nombre des rats capturés, les tapettes ont été partagées et utilisées à raison de 1 tapette par ménage. Elles ont été placées, durant 1 mois, dans un coin, où la présence des rongeurs est observée et/ou suspectée dans les ménages. Pour ce faire, des appâts ont été chargés sur le matériel avec des poudres d'insecticides à 30 cm autour. Après chaque capture, les rats sont comptés, puis brûlés et enterrés dans un trou. Le matériel est lavé, suivi de l'hygiène des mains. Ainsi, la densité murine dans les ménages est évaluée à partir du nombre de rats capturés chaque jour. Ils seront comptés par les ménages et les agents communautaires chaque jour durant un mois, à l'aide d'un outil de collecte des données simplifiées sur papier avant d'être saisis dans les tablettes.
Pour les variables indépendantes, un questionnaire semi-structuré contenant les caractéristiques épidémiologiques des ménages, comme étant des facteurs d'exposition, a été utilisé et collecté par les investigateurs de l'étude. Cette enquête a concerné seulement les ménages sentinelles.
Biais: les biais de sélection ont été minimisés à travers le recrutement exhaustif, sans distinction, de tous les ménages au niveau des villages ayant rapporté des cas de peste au cours de la période étudiée. En outre, les investigateurs ont été formés par la même approche sur les interventions auprès des ménages.
Taille de l'étude: un échantillonnage à plusieurs degrés à partir de 02 sur les 47 districts endémiques de la peste a été opté. Toutes les communes de ces districts ayant rapporté le plus de cas de peste confirmés au cours de la période de haute transmission 2018 et 2019 ont été sélectionnées. Par la suite, ont été triés les villages ayant rapporté des cas de peste au cours de la même période. Pour avoir le nombre des ménages dans lesquelles ont été placées les tapettes, la population totale de ces fokontany a été divisée par 5 comme la taille moyenne d'un ménage est estimée à 5 personnes selon les statistiques. Au total, la taille de l'échantillon est estimée à 47 597 ménages répartis dans 110 villages. Chaque ménage aura au moins une tapette et le nombre des rats capturés a été mesuré. Parmi ces cibles, 300 ménages ont été sélectionnés, servant de sites sentinelles pour les interventions relatives à la mise en place des carreaux dans les ménages pour estimer la circulation murine, ainsi que pour l'enquête épidémiologique.
Variables quantitatives: les variables quantitatives ont été décrites puis analysées et croisées en univarié. La variable quantitative dépendante, le score d'activité des carreaux, a été estimée en proportion sur 16 selon le nombre de carreaux sur le film plastique servant d'outil de mesure. Dans la partie analytique, elle a été présentée sous forme de moyenne avec son écart-type, et a été croisée avec les différentes variables indépendantes qui sont les caractéristiques épidémiologiques des ménages. En outre, la densité murine a été présentée en effectif, en moyenne avec son écart-type, par district et par superficie de la zone en km² ainsi que par semaine d'intervention. Dans les analyses, elle a été regroupée en deux catégories: ≤10 et >10. Par ailleurs, la variable indépendante «Nombre des pièces» parmi les caractéristiques épidémiologiques des ménages a été regroupé en deux catégories: ≤3 et <3.
Méthodes statistiques: les données manquantes ont été éliminées dans l'analyse des données. Il s'agit particulièrement des ménages qui ont quitté l'étude avant sa fin. Une analyse descriptive a été effectuée à travers la présentation des effectifs et des fréquences des rats capturés globaux, par district et par superficie de la zone d'intervention, ainsi que par semaine durant l'intervention. La moyenne des rats capturée par tapette à rat, avec son écart-type a été calculée également de façon globale et par district d'intervention. Pour la variable quantitative «score d'activités des carreaux», la moyenne avec son écart-type et la proportion ont été calculées. Concernant les variables indépendantes, dont les caractéristiques épidémiologiques des ménages, la proportion a été présentée.
En outre, la partie analytique univariée a permis de mesurer l'association entre les variables indépendantes (densité murine et circulation murine à travers le score d'activité des carreaux) et dépendantes (caractéristiques épidémiologiques des ménages), en utilisant le rapport des cotes (odds ratio/OR) avec son intervalle de confiance à 95% (IC 95%), ainsi que la comparaison des moyennes du score d'activité des carreaux, avec son écart-type. Concernant les tests statistiques choisis, le test du chi carré de Pearson ou le test exact de Fisher a été choisi pour analyser la relation entre la densité murine et les caractéristiques épidémiologiques des ménages. Par ailleurs, le test t de Student et/ou le test F (ANOVA) ont été utilisés pour analyser la relation entre la circulation murine et la comparaison des moyennes du score d'activité des carreaux et les caractéristiques épidémiologiques des ménages. Le seuil de signification pour toutes les analyses statistiques a été fixé à 5% (p-valeur ≤0,05).
Participants: sur les 47 597 ménages prévus pour l'étude pour avoir chacune une tapette à rat, 47 533 ménages ont été retenues. Environ 50 ménages n'ont pas été inclus à cause du refus de l'utilisation des tapettes à rat (Existence d'une femme enceinte dans le ménage, élevage des chats, manque de conviction). En outre, 14 ménages ont été éliminées de l'analyse du fait de la non-utilisation des tapettes distribuées jusqu'à la fin de l'intervention due à une longue absence, un manque de conviction, de volonté et de temps ainsi la perturbation occasionnée par les bruits des rats capturés dans les ménages. En effet, sur les 300 ménages prévus pour les sites sentinelles, 299 ont été retenus pour la mise en place des carreaux, alors qu'un ménage s'est désisté au cours de l'intervention par manque de conviction et de volonté. Pour la mise en place des tapettes à rat au niveau de ces ménages sentinelles, 222 ménages ont été retenus si les 77 ont été éliminés du fait de la non-utilisation des tapettes distribuées jusqu'à la fin de l'intervention.
Données descriptives: au total, 181.062 rats ont été capturés au niveau des 47.533 ménages avec une moyenne globale de 4 rats capturés par tapette. Pour les districts de Tsiroanomandidy et Manandriana, une tapette attrape respectivement 3 rats et 6 rats environ. Concernant la densité murine, il a été observé que les deux districts d'intervention présentent une forte densité murine dans tous les sites d'intervention (Figure 3, Figure 4). Les Figure 5 et Figure 6 montrent l'évolution de la capture des rats pendant la campagne de 4 semaines. En effet, pour les deux districts d'intervention, une diminution du nombre de rats capturés a été remarquée avec le temps (Figure 5, Figure 6). Parmi les 299 ménages servant des sites sentinelles, la majorité des habitats a un étage (56%), avec deux pièces au total (30%), une toiture en paille (77%), un mur et un sol faits en terre battue, respectivement 55% et 82%. En outre, 93% des ménages stockent les denrées alimentaires. Également, 91% des ménages élèvent des animaux domestiques et 84% n'utilisent pas de «rat proofing»». Les habitats sont entourés de rizières (86%), de haies de sisal (6%) et de broussailles (31%). Sur les tapettes distribuées au niveau des 222 ménages sentinelles, 2.176 rats ont été capturés avec une moyenne de 7 rats capturés par tapette.
Données analytiques: comme indiqué dans le Tableau 1, sur 222 ménages, il existe une association statistiquement significative entre la densité murine et les caractéristiques des ménages. Autrement dit, la densité murine est plus élevée dans les maisons avec plus de 3 pièces (OR=0,3, IC95%=0,1-0,5, p=<0,001), avec étages (OR=0,2, IC95%=0,1-0,4, p=<0,001), qui stockent des aliments (OR=0,7, IC95%=0,2-2,7, p=0,03), entourées des rizières (OR=0,2, IC95%=0,1-0,4, p=<0,001), des arbres fruitiers (OR=0,5, IC95%=0,2-0,9, p=0,04) et des jardins potagers (OR=0,5, IC95%=0,2-0,9, p=0,04). Concernant l'évaluation indirecte de la circulation murine, les traces des pattes des rats ont été trouvées, en moyenne dans 78% (12/16) de la surface totale des carreaux mis en place dans les 299 ménages avant l'utilisation des tapettes. Selon le Tableau 2, les rats circulent beaucoup plus dans les ménages qui stockent les aliments (p=0,03), et ceux qui sont entourés de jardins potagers, d'arbres fruitiers (p=0,01) et de haies de sisal (p=0,03). Cette association est statistiquement significative. En comparant la circulation murine dans les 299 ménages avant et après la mise en place des tapettes, il est remarqué une réduction de celle-ci dans 93% des ménages. Comme illustré dans la figure 6, une réduction de 100%, de plus de 50% et de moins de 50% de la circulation murine est observée respectivement dans 18%, 45% et 30% des ménages. Par ailleurs, chez 7% des ménages, la circulation murine au niveau des ménages voit une augmentation par rapport à la situation initiale. Elles sont représentées par les ménages qui stockent des aliments, entourés de broussailles aux alentours de la maison et qui n'utilisent pas de «rat proofing»».
Dans la présente étude, une tapette attrape en moyenne 4 rats durant 1 mois d'utilisation dans un ménage, avec une diminution progressive du nombre des rats capturés avec le temps. Une réduction de 100%, de plus de 50% et de moins de 50% de la circulation murine est observée respectivement dans 18%, 45% et 30% des ménages, après utilisation des tapettes. En outre, la densité murine est plus élevée dans les maisons avec plus de 3 pièces, avec des étages, qui stockent des aliments, entourées de rizières, d'arbres fruitiers, de jardins potagers et de haies de sisal. Étant une étude pilote, les résultats de l'étude n'ont pas pu être généralisés à tous les districts endémiques de la peste à Madagascar. Toutefois, les résultats constitueraient une base de suggestions permettant d'améliorer les approches actuelles et futures, en matière de lutte contre la peste.
Des biais de classification et d'information peuvent se produire en interférant avec la validité des résultats. Ils ont été minimisés dans le respect des rigueurs scientifiques en matière d'étude évaluative. En outre, les analyses de laboratoire des caractéristiques des réservoirs et des vecteurs ainsi que leur abondance en dehors des ménages n'ont pas été effectuées. Ces informations sont complétées par la littérature et par d'autres études y afférentes [15]. Des essais sur le terrain impliquant 70 ménages ruraux de trois villages du Mozambique ont montré que les ménages utilisant 10 pièges ont capturé en moyenne 1,2±0,37 rats/jour. D'autres villages ont capturé de manière continue des rats. Ils ont trouvé également, dans un village, une diminution progressive du nombre de rats capturés. Les auteurs ont conclu que le nombre de rats capturés varie au cours d'un cycle annuel et est lié à des facteurs saisonniers et anthropogéniques [16]. Selon une étude menée en Indonésie, de nombreuses variables peuvent influencer le succès du piégeage, le type de piège, la formation du dispositif de piégeage, la préférence pour l'appât, les conditions météorologiques locales, la saison et le stade de la lune. En outre, l'efficacité des pièges pour une espèce donnée peut varier d'une localité à l'autre [17-21].
En référence aux autres pièges à rat testées lors d'une étude écologique de la population murine, menée à l'Ile de Port Cros, le niveau d'efficacité des tapettes dans la présente étude est plus élevé [22]. Selon les auteurs, la capture des rats dans les ménages dépend de la végétation tout autour. Les abondances maximales de rats ont été enregistrées à la fin de l'été et à l'automne, après la reproduction du printemps et de l'été [23]. Selon une étude menée à Hawaï, le succès des pièges peut être dû aux odeurs résiduelles des pièges dues à des captures antérieures, à un emplacement dans des endroits optimaux et aux appâts [24].
Par ailleurs, selon deux recherches menées à Madagascar, il a été constaté que la capture vivante des rats reste plus efficace que celui des tapettes [5,25]. En outre, une étude dans le même pays a rapporté que le nombre de rats capturés, toutes espèces confondues, est plus important en janvier et novembre, et plus faible en juillet, en fonction de la saison. Une diminution a été constatée au fil du temps [26]. Il a été démontré dans ces études que le piégeage intensif contribue à la réduction de la population murine dans les ménages qui stockent des vivres [16]. D'autres écologistes ont conseillé de combiner l'utilisation de plusieurs types de pièges autant que possible [27-30]. Les pièges à capture multiple associés à une barrière linéaire ont été nettement plus efficaces pour capturer les espèces de rongeurs nuisibles que les pièges à capture unique en Indonésie et aux Philippines [31]. La diversification des techniques d'appâtage des pièges, associée à une agriculture biologique qui attire les prédateurs des rats, devrait être menée pour garantir l'élimination régulière des rongeurs. Ce qui limite l'utilisation de rodenticides et contribuerait à la protection des cultures [32].
Si les différentes stratégies de contrôle semblent réduire l'activité des rongeurs internes à court terme, les auteurs n'ont trouvé aucune preuve d'un effet à plus long terme. L'abondance des rongeurs internes dans les sites d'étude était comparable à celle des sites non étudiés le mois suivant [5]. Bref, la perception et les croyances locales concernant les rongeurs et leurs dommages sont un élément clé des programmes de lutte contre les rongeurs [33]. Les interventions restent dépendantes de l'implication et de l'engagement communautaire dans la mise en œuvre de la campagne de dératisation [23-26,31-33]. L'enquête communautaire a permis de découvrir que certains ménages craignent les rongeurs. En outre, certains n'ont pas utilisé régulièrement les tapettes qu'on leur a distribuées pour différentes raisons: absence permanente au foyer pour des évènements familiaux, élevage des chats, perturbation du sommeil la nuit. D'autres n'ont pas été convaincus par son utilisation [33]. D'où la plus grande importance de la mise en place ou du renforcement de la communication sur les risques et l'engagement communautaire.
La dératisation à travers les tapettes à rats permet de réduire la population murine. Il convient ainsi de suggérer la duplication de l'exercice au niveau des autres districts endémiques, la mise à jour du plan stratégique national de lutte contre la peste et éventuellement l'étude de la faisabilité de l'élevage de masse des chats, en tenant compte des résultats de la présente recherche.
Etat des connaissances sur le sujet
- La lutte antivectorielle et anti-réservoir fait partie des principales stratégies de lutte contre la peste;
- La diminution de la densité murine contribuerait à la réduction de la transmission de la peste à l'homme, donc l'incidence de la peste.
Contribution de notre étude à la connaissance
- Une tapette à rat est efficace dans la réduction de la densité murine et l'incidence de la peste. Elle attrape en moyenne 4 rats sur une période d'un mois;
- L'élevage des chats dans les ménages est associé à la réduction de la circulation des rats dans les ménages;
- Les rats circulent beaucoup plus dans les ménages qui stockent les aliments, et ceux qui sont entourés des jardins potagers, des arbres fruitiers et des haies de sisal; cette pratique écologique (élevage des chats dans les ménages) pourrait être exploitée comme étant une stratégie de lutte anti-réservoir dans une approche «One Health».
Les auteurs ne déclarent aucun conflit d'intérêts.
Vatsiharizandry Mandrosovololona, Mamitahiana Rakotoson, Gilbert Kayoko et Laurent Musango: conception et mise en œuvre de l'étude sur le terrain. Vatsiharizandry Mandrosovololona: analyse et interprétation des résultats, rédaction de l'article scientifique. Laurent Musango: coordination générale de l'étude, orientations et révision scientifiques. Mamitahiana Rakotoson: cont. Tous les auteurs ont lu et approuvé la version finale du manuscrit.
Nous remercions l'Organisation mondiale de la Santé Madagascar pour son soutien technique et financier, ainsi que tous les acteurs et parties prenantes du secteur de la santé.
Tableau 1: relation entre la densité murine et les caractéristiques des ménages
Tableau 2: relation entre circulation murine et les caractéristiques des ménages
Figure 1: district d'intervention, Tsiroanomandidy
Figure 2: district d'intervention, Manandriana
Figure 3: densité murine par village, District de Tsiroanomandidy
Figure 4: densité murine par village, District de Manandriana
Figure 5: évolution du nombre des rats capturés par semaine des deux districts d'intervention
Figure 6: évolution de la circulation murine au niveau des ménages avant (T0) et après (T1) la mise en place des tapettes
- Ministère de la Santé publique de Madagascar. Politique nationale de lutte contre la peste. Deuxième édition.
- Organisation Mondiale de la Santé. Plan stratégique et opérationnel commun de vigilance et de préparation opérationnelle pour la riposte aux flambées de peste. OMS. Madagascar.
- Ministère de la Santé publique de Madagascar, Organisation mondiale de la Santé Région africaine. Revue après action de la réponse d’urgence à la flambée épidémique de peste pulmonaire. Consulté le 29 juin 2024.
- Organisation mondiale de la Santé Région africaine. Atelier technique sur la prévention et le contrôle de la peste à Madagascar. Consulté le 29 juin 2024.
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