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Évaluation du niveau de préparation du système d´alerte précoce en République Centrafricaine dans un contexte d´endémie de Mpox, 2025

Évaluation du niveau de préparation du système d´alerte précoce en République Centrafricaine dans un contexte d´endémie de Mpox, 2025

Assessment of the early warning system preparedness level in the Central African Republic in the context of Mpox endemicity, 2025

Emmanuel Fandema1,2,&, Gaëtan Robert Adouaka3, Avilah Phrygie Amakade Woyengba3, Thierry Ulrich Mbesse Ngoumakale4, Félicite Yagatta3, Alphonse Acho3, Jeremi Goita4, Ernest Kalthan2, Raphaël Mbaïlao5, Jean Méthode Moyen6, Jean De Dieu Longo1, Alexandre Delamou7

 

1Département de Santé Publique, Université de Bangui, Faculté des Sciences de la Santé, Bangui, République Centrafricaine, 2Direction de la Surveillance Epidémiologique et de la Gestion d´Urgences en Santé Publique, Ministère de la Santé et de la Population, Bangui, République Centrafricaine, 3Task Force for Global Health, Bangui, République centrafricaine, 4World Vision International, Bangui, République Centrafricaine, 5Direction Générale de l´Épidémiologie et de Lutte contre la Maladie, Ministère de la Santé et de la Population, Bangui, République Centrafricaine, 6Centre des Opérations d´Urgences de Santé Publique, Ministère de la Santé et de la Population, Bangui, République Centrafricaine, 7Centre d´Excellence d´Afrique pour la Prévention et le Contrôle des Maladies Transmissibles, Université Gamal Abdel Nasser, Conakry, Guinée

 

 

&Auteur correspondant
Emmanuel FANDEMA, Département de santé publique, Université de Bangui, Faculté des sciences de la Santé, Bangui, République Centrafricaine

 

 

Résumé

Le Mpox est une maladie endémique en République Centrafricaine (RCA), où les capacités de détection et de réponse aux alertes sanitaires demeurent limitées. Cette étude visait à évaluer le niveau de préparation du système d´alerte précoce (SAP) en 2025 dans un contexte d´endémie de Mpox. Une étude observationnelle transversale a été réalisée en septembre 2025 dans 18 sites répartis sur 11 districts sanitaires, sélectionnés pour leur diversité géographique et sanitaire. Les données ont été collectées à l´aide d´une grille d´observation et d´un questionnaire structuré auprès des responsables ciblés, puis analysées quantitativement (descriptivement et bivariément) et qualitativement (analyse thématique). Au total, 38 personnes ont été interrogées dans les 11 districts sanitaires visités. La surveillance basée sur les indicateurs est intégrée dans 100% des structures visitées, avec des définitions de cas actualisées et affichées. Cependant, la surveillance basée sur les événements (SBE) n´est effective que dans 44% des sites et la liste des signaux. Les canaux de notification reposent principalement sur le téléphone (83%) et WhatsApp (56%), mais la traçabilité des alertes demeure insuffisante. Seuls 4 districts (40%) disposent d´une équipe d´intervention rapide, dont 3 alignées sur l´approche « Une Seule Santé ». Les kits de riposte sont insuffisants (11% pour le choléra, 61% pour la rougeole, 6% pour la méningite). La coordination intersectorielle est jugée faible par 94% des répondants. La qualité des données de surveillance est significativement meilleure dans les zones ayant intégré la SBE (p=0,004). Malgré des avancées dans l´intégration des outils de surveillance, le SAP en RCA reste fragile, entravé par des faiblesses persistantes en ressources humaines, logistiques et en coordination intersectorielle. Le renforcement des capacités, la digitalisation et l´engagement communautaire sont essentiels pour améliorer la résilience du système face à des épidémies à fort potentiel comme le Mpox.


Mpox is endemic in the Central African Republic (CAR), where capacities for detecting and responding to public health alerts remain limited. This study aimed to evaluate the preparedness level of the national Early Warning System (EWS) in 2025 within the context of Mpox endemicity. We conducted an observational cross-sectional study in September across 18 sites in 11 health districts, selected to reflect geographical and health-system diversity. Data were triangulated using an observation checklist and structured interviews with key informants. Quantitative analysis (descriptive and bivariate) and qualitative thematic analysis were performed. Interviews were conducted with 38 key informants across 11 health districts. Indicator-based surveillance was integrated into 100% of the surveyed facilities, with updated case definitions actively displayed. However, event-based surveillance (EBS) was operational in only 44% of sites, and signal lists were inconsistently available. While notification primarily relied on mobile telephony (83%) and WhatsApp (56%), alert traceability remained inadequate. Only 40% (4/10) of districts maintained a functional rapid response team, of which 75% (3/4) were aligned with the One Health approach. Availability of outbreak response kits was critically low (11% for cholera, 61% for measles, and 6% for meningitis). Intersectoral coordination was rated as weak by 94% of respondents. Notably, surveillance data quality was significantly higher in districts where EBS had been implemented (p=0.004). Despite advancements in the integration of surveillance tools, the EWS in the Central African Republic remains fragile, hindered by persistent gaps in human resources, logistics, and intersectoral coordination. Strengthening institutional capacity, accelerating digitalization, and fostering community engagement are imperative to enhance system resilience against high-threat pathogens such as Mpox.

Key words: Mpox, Central African Republic, early warning system, epidemiological surveillance, public health, One Health

 

 

Introduction    Down

Le Mpox, anciennement appelé variole du singe, est causé par le Monkeypox virus du genre Orthopoxvirus. Il est endémique dans plusieurs pays d´Afrique centrale et de l´Ouest, dont la République Centrafricaine (RCA), où la maladie est régulièrement signalée depuis les années 1980 [1,2]. Malgré l´identification du premier cas humain en République démocratique du Congo (RDC) en 1970, le Mpox est longtemps resté négligé par la communauté internationale, jusqu´à la flambée mondiale de 2022 qui a conduit l´Organisation mondiale de la Santé (OMS) à déclarer la maladie comme urgence de santé publique de portée internationale (USPPI) [3-5]. Entre janvier et septembre 2025, 38671 cas confirmés ont été notifiés dans 92 pays dans le monde pour 163 décès [6].

Dans un contexte socio-sanitaire marqué par des crises récurrentes et des infrastructures limitées, la RCA demeure particulièrement vulnérable aux épidémies. Dans ce pays, le Mpox est reconnu comme maladie endémique et figure parmi les priorités du système national de Surveillance Intégrée des Maladies et Riposte (SIMR). La fréquence des alertes et des flambées épidémiques, associée à la circulation du virus dans les zones rurales et urbaines, met en lumière la nécessité d´un Système d´Alerte Précoce (SAP) efficace et résilient au niveau des districts sanitaires [7-9]. Toutefois, des lacunes structurelles, humaines, logistiques, de documentation et de traçabilité des données, particulièrement dans les régions reculées ou instables subsistent encore [10,11].

Le district sanitaire, unité opérationnelle de base du système de santé en RCA, joue un rôle central dans la détection, la notification et la réponse rapide aux événements sanitaires. Or, l´efficacité du SAP dans ces districts dépend de plusieurs facteurs: disponibilité et formation des ressources humaines, accès aux outils de surveillance, capacités logistiques et organisationnelles, coordination intersectorielle selon l´approche « Une Seule Santé », et engagement communautaire[12,13]. Les études récentes montrent que les districts sanitaires centrafricains sont confrontés à des défis majeurs: insuffisance de personnel qualifié, fragmentation des données, faible intégration des systèmes numériques (DHIS2), accès limité aux équipements et aux financements, ainsi qu´une faible appropriation des protocoles de notification et de riposte [11].

Dans un contexte d´endémie de Mpox, une évaluation approfondie du système de surveillance précoce en RCA a été réalisée en septembre 2025 afin d´identifier les forces et faiblesses, d´orienter les stratégies de renforcement des capacités, de promouvoir l´intégration des acteurs locaux et communautaires, et de mobiliser les ressources nécessaires pour garantir la résilience du système de santé . Cette évaluation a abouti au développement d´une stratégie nationale d´alerte précoce en RCA. La présente étude utilise les données de cette évaluation pour analyser le niveau de préparation du système d´alerte précoce de la RCA dans un contexte d´endémie de Mpox en RCA en 2025. Elle identifie les facteurs limitants et facilitants, propose des recommandations stratégiques et opérationnelles, et contribue à combler le déficit de littérature scientifique sur la surveillance épidémique dans les pays africains à haut risque [11].

 

 

Méthodes Up    Down

Cadre de l´évaluation: l´étude s´est déroulée en République Centrafricaine (RCA), un pays enclavé au cœur de l´Afrique centrale, partageant ses frontières avec six pays (Tchad, Soudan, Soudan du Sud, RDC, République du Congo et Cameroun). Cette situation lui confère une diversité écologique favorisant la survenue de zoonoses. La RCA couvre 622,984 km2 pour une population estimée à 6,4 millions d´habitants en 2024 [14]. Le système de santé national est organisé selon une structure pyramidale comprenant trois niveaux: central, intermédiaire et périphérique, incluant le communautaire. Le pays compte sept Régions Sanitaires (RS) réparties en 35 Districts Sanitaires (DS). L´évaluation approfondie du système d´alerte précoce de la RCA a couvert l´ensemble du pays. Toutefois, l´évaluation du niveau de préparation des districts sanitaires a couvert 18 sites d´observation sélectionnés de manière raisonnée, répartis dans onze districts sanitaires (dont trois à Bangui, la capitale, et huit en province). Les critères de sélection incluaient la représentativité géographique et la diversité des contextes sanitaires.

Organisation du système de surveillance épidémiologique de la RCA: la surveillance épidémiologique en RCA repose sur le Guide Technique pour la Surveillance Intégrée de la Maladie et la Riposte (SIMR), actuellement à sa 3e édition, et son Manuel des Procédures Standards Opérationnelles (POS) révisés respectivement en 2021 et 2022 [15]. Cette approche s'appuie également sur le respect du Règlement sanitaire international (RSI 2005), l'approche « Une Seule Santé » et des directives de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) [16]. Le système de surveillance est structuré en plusieurs niveaux, allant de la surveillance communautaire à la coordination nationale. Le pays utilise la Surveillance Basée sur les Indicateurs (SBI) et celle basée sur les évènements (SBE) introduite en avril 2025 dans deux régions pilotes (RS1 et RS7) comprenant huit districts sanitaires [17]. La surveillance basée sur les indicateurs consiste en la collecte systématique de données sur des maladies cibles, tandis que la surveillance basée sur les évènements vise à détecter rapidement tout évènement inhabituel ou inattendu pouvant représenter une menace sanitaire. Entre 2018 et 2025, la RCA a renforcé ses capacités sanitaires, obtenant un score de 3 sur 5 lors de la dernière évaluation externe conjointe [18]. Toutefois, le pays reste confronté à des défis tels que le sous-financement, le manque de personnel et une faible couverture opérationnelle dans certains districts [18].

Situation épidémiologique du Mpox en RCA: selon les données du Système National d´Information Sanitaire (SNIS), 970 cas suspects de Mpox ont été recensés entre janvier 2022 et juin 2025, dont 12 en 2022, 116 en 2023, 406 en 2024 et 436 au premier semestre 2025. Trois régions (RS1, RS6 et RS7) concentrent 65% des cas. Sur la même période, 11 décès ont été attribués au Mpox, soit une létalité globale de 1,13%.

Gestion du Mpox en RCA: la gestion du Mpox en RCA repose sur un Système de Gestion des Incidents (SGI), coordonné par le Centre des Opérations d´Urgence en Santé Publique (COUSP) et impliquant une équipe multidisciplinaire. Le plan de préparation et de réponse à l´épidémie de Mpox (2024-2026) comprend la surveillance renforcée, l´isolement et la prise en charge rapide des cas, la formation du personnel, la sensibilisation communautaire, l´approche Une Seule Santé et la coordination multisectorielle. Les axes stratégiques incluent la prévention, le contrôle de l´infection, la gestion des cas, l´engagement communautaire, le renforcement du diagnostic et la sécurisation des points d´entrée.

Type d´étude: une étude observationnelle transversale et mixte a été réalisée en septembre 2025.

Population d´étude: l´étude a porté sur les responsables des régions et districts sanitaires visités, les points focaux de la surveillance épidémiologique ainsi que les chefs de centres de santé ou leurs suppléants. Au total, 38 personnes réparties dans 18 sites et 11 districts sanitaires ont été interrogées. Les critères d´inclusion étaient?: être en poste dans une structure sanitaire sélectionnée pendant une durée minimale de 6 mois pour le volet qualitatif et avoir une responsabilité dans la surveillance ou la gestion des alertes. Le choix a reposé sur une stratégie raisonnée visant à assurer une représentativité géographique et sanitaire. Les districts sélectionnés incluaient à la fois des zones pilotes de la Surveillance Basée sur les Évènements (SBE), récemment introduite dans deux régions sanitaires, et des zones non pilotes où la SBE n´était pas encore mise en œuvre. Cette approche a permis de comparer les performances et perceptions entre contextes différents, tout en tenant compte de la diversité des structures sanitaires (urbaines et rurales, aux niveaux de district et régional).

Variables d´étude: l´évaluation a reposé sur une approche mixte.

Volet quantitatif: les variables ont été regroupées autour de cinq dimensions clés du système d´alerte précoce: i) détection: existence des dispositifs de surveillance, définitions de cas, liste des signaux, ii) notification: utilisation des fiches, canaux de transmission, traçabilité, iii) riposte: équipes d´intervention rapide, kits de riposte, iv) coordination: comités de réponse, articulation intersectorielle, v) documentation: archivage, registres, sécurité/confidentialité des données.

Volet qualitatif: il a exploré la perception des acteurs concernant la réactivité du système, sa couverture, la qualité des données et la coordination intersectorielle. Ces informations, recueillies par questionnaire et grille d´observation, ont été analysées de manière descriptive et comparées entre zones ayant ou non intégré la SBE. Il était question d´une évaluation auto-déclarative, triangulée avec les observations directes des enquêteurs. En plus, l´ancienneté des répondants soutient leur connaissance du dispositif de surveillance et de réponse en place dans leur aire de responsabilité.

Collecte des données: la collecte s´est faite à l´aide d´une grille validée par les principaux acteurs, combinant l´observation et des questions fermées comportant cinq sections permettant d´évaluer différents aspects du système d´alerte précoce à savoir: 1) informations générales (lieu, date, type d´établissement observé), 2) outils de détection (surveillance basée sur les indicateurs et/ou sur les évènements, formation du personnel, disponibilité des fiches de notification, des définitions de cas et de la liste des signaux), 3) notification des alertes (canaux utilisés et traçabilité), 4) réponse aux alertes (existence et composition d´un comité, personnel, kits de riposte, coordination), et 5) documentation/archivage (système d´archivage, fiches, liste linéaire, sécurité et confidentialité des données). Les répondants ont également évalué la réactivité, la couverture géographique, la qualité des données et la coordination intersectorielle du système de surveillance dans leur localité. Neuf enquêteurs sur la base de leur expertise ont été sélectionnés puis formés avant la collecte organisée sur une période de deux semaines. Des séries d´entraînement et deux prétests ont permis aux enquêteurs d´harmoniser leurs opinions sur les variables ainsi que sur les réponses attendues.

Analyse des données: les données ont été collectées à l´aide de tablettes numériques et analysées avec le logiciel Stata 18 (College Station, Texas, USA). Elles ont été résumées sous forme de proportions accompagnées de leurs intervalles de confiance à 95%, puis présentées dans des tableaux. Les comparaisons entre zones ayant ou non intégré la Surveillance Basée sur les Évènements (SBE) ont été réalisées à l´aide du test exact de Fisher pour les variables catégorielles, en raison des faibles effectifs, et du test de Student pour les variables continues lorsque les conditions de validité étaient réunies. Le seuil de significativité statistique a été fixé à p < 0,05. Parallèlement, une analyse qualitative descriptive thématique a été conduite sur les appréciations globales des répondants, portant notamment sur la réactivité, la couverture, la qualité des données et la coordination intersectorielle.

Considérations éthiques: une autorisation administrative du Ministère de la santé et de la population a été obtenue pour cette évaluation programmatique. Le consentement éclairé a été systématiquement obtenu après une explication claire des objectifs de l'étude et de l'utilisation des données. Les données ont été rendues anonymes avant d'être analysées.

 

 

Résultats Up    Down

Statistiques des observations réalisées: pendant l´évaluation approfondie du système d´alerte précoce (SAP) de la RCA, une visite de terrain a été effectuée dans 18 sites localisés dans onze districts sanitaires, répartis dans cinq régions sanitaires du pays. La sélection des sites a permis de couvrir une diversité de contextes urbains et ruraux, ainsi que différents types de structures sanitaires (FOSA, districts, régions). Le Tableau 1 montre que l´évaluation a porté sur 18 structures réparties dans 11 districts sanitaires, incluant à la fois des zones urbaines (Bangui 1, 2, 3; Bimbo; Mbaïki) et rurales (Baboua-Abba; Boda; Bouar-Baoro; Bozoum-Bossemptélé). Cette diversité géographique et institutionnelle traduit un effort de représentativité, avec une couverture équilibrée entre formations sanitaires de base (44%), niveaux de district (50%) et un niveau régional (6%). La prédominance des structures publiques (83%) reflète la réalité du système de santé centrafricain, où l´offre publique demeure majoritaire (Tableau 2).

Outils de détection des épidémies, canaux utilisés et traçabilité des notifications d´alertes précoces: en termes de canaux de transmission, la majorité des structures visitées utilisent le téléphone comme moyen de notification (83%), 56% utilisent la plateforme WhatsApp et 44% tiennent un registre de notification. En termes de traçabilité des notifications d´alertes précoces des épidémies, l´archivage a été confirmé dans environ douze structures sur dix-huit.

Capacités de réponse aux alertes précoces et de documentation des épidémies: dans 11 districts sanitaires évalués, quatre disposaient d´une équipe d´intervention rapide dont trois avaient une composition alignée sur l´approche « Une Seule Santé » et comptaient un personnel formé sur la surveillance et la réponse aux épidémies dans les 12 derniers mois (n=04). La disponibilité des kits valides de réponse précoce reste faible avec 11% des structures visitées disposant de kits contre le choléra, 6% pour le kit contre la méningite et 61% pour le kit contre la rougeole. L'existence d´une coordination formelle de réponse aux épidémies a été confirmée dans quatre districts sur onze. Parmi les structures visitées, environ 12 sur 18 possédaient un système d´archivage physique ou numérique des rapports d´investigation. Bien que 17/18 structures disposent de fiches et rapports, 40% des sites ne tenaient pas de listes linéaires standardisées. Environ 9 sites sur 18 assuraient la sécurité et la confidentialité des données (Tableau 3).

Appréciation globale du système d´alerte précoce local par les répondants (perception): les répondants ont résumé leur perception de l´état du système d´alerte précoce local en se prononçant sur la réactivité du système (promptitude de la détection, notification et réponse), la couverture géographique (le système couvre la zone de responsabilité), la qualité des données de surveillance et la coordination intersectorielle. Moins de quatre répondants sur dix ont estimé que la réactivité du système d´alerte précoce dans leur aire de responsabilité était bonne tandis que la couverture géographique était bonne pour la moitié d´entre eux. Quant à la qualité des données de surveillance, elle a été estimée bonne par moins de quatre sur dix répondants et seulement 6% d´entre eux ont estimé que la coordination intersectorielle de l´alerte précoce était bonne.

L´analyse de ces domaines en fonction de l´intégration ou non de la SBE dans les districts visités montre une amélioration relative des quatre domaines dans les zones SBE comparées aux zones non SBE. Toutefois, la différence n´est statistiquement significative que pour la qualité des données de surveillance. Cependant, les effectifs faibles avec des intervalles de confiance très larges limitent la robustesse des conclusions (Tableau 4).

 

 

Discussion Up    Down

Cette étude visait à évaluer l´état de préparation du SAP de la RCA dans un contexte d´endémie de Mpox en 2025. Les résultats mettent en évidence trois constats majeurs: 1) la surveillance basée sur les indicateurs est bien intégrée au système de santé et les définitions de cas intégrant celle sur le Mpox sont disponibles dans toutes les structures visitées; 2) la surveillance basée sur les événements (SBE) reste partiellement mise en œuvre; et 3) les capacités de réponse et de coordination au niveau des districts sanitaires demeurent limitées, en particulier pour la documentation, la logistique et la coordination intersectorielle. Ces résultats soulèvent d´importantes réflexions sur la résilience du système de surveillance en RCA face à une maladie endémique à potentiel épidémique élevé.

Intégration universelle de la surveillance basée sur les indicateurs (SBI): la généralisation de la surveillance basée sur les indicateurs, avec l´ensemble des structures disposant des définitions de cas alignées sur le Guide SIMR 2021 et actualisées pour le Mpox, traduit un solide engagement institutionnel d´une détection précoce des cas des maladies. En effet, l´intégration complète de la surveillance basée sur les indicateurs et la disponibilité des définitions de cas constituent une avancée majeure, facilitant la détection rapide des cas suspects et la notification systématique. Cette performance pourrait s´expliquer par la révision récente des outils nationaux (Guide SIMR et POS), la priorisation du Mpox dans l´agenda sanitaire national et l´appui technique des partenaires internationaux [15]. La littérature montre que la standardisation des outils et leur accessibilité sont des déterminants essentiels pour la performance des systèmes de surveillance en Afrique subsaharienne [5,19]. Cependant, la simple disponibilité des outils ne garantit pas leur utilisation optimale, notamment en contexte de surcharge de travail ou de rotation élevée du personnel [20]. Ainsi, il est nécessaire d´accompagner la diffusion des outils par des sessions de formation régulières et un suivi rapproché pour garantir leur appropriation et leur utilisation effective. La SBI reste fondamentale pour la lutte contre les épidémies comme le Mpox, mais elle doit être accompagnée d´un renforcement des capacités et d´une adaptation aux contextes locaux pour être pleinement efficace [9,21].

Mise en œuvre partielle de la surveillance basée sur les événements (SBE): les résultats montrent que la SBE n´est effective que dans 44% des structures visitées, avec une disponibilité de la liste des signaux dans moins de la moitié des structures, traduisant une appropriation encore incomplète de cette approche innovante. La SBE n´a, en effet, été introduite qu´en avril 2025 (soit cinq mois avant l´évaluation) dans les deux régions sanitaires pilotes. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette mise en œuvre partielle: la nouveauté du dispositif, l´insuffisance de formation du personnel, et des contraintes logistiques, notamment dans les zones rurales ou instables. Or, la littérature souligne que la SBE permet d´améliorer la rapidité de détection des signaux inhabituels et de renforcer la vigilance face aux émergences [22]. Certes, l´introduction de la SBE est censée accélérer la détection, la notification et la réponse aux flambées de maladies à potentiel épidémique [23,24]. Toutefois, l´appropriation locale, la formation continue et la supervision restent des conditions indispensables à l´efficacité de cette approche. Par ailleurs, l´utilisation croissante de moyens de notification tels que le SMS/Appels téléphoniques et WhatsApp, bien qu´efficace et pratique dans la transmission rapide des alertes, pose des défis en matière de traçabilité et de sécurisation des données dont il faudra désormais tenir compte [25,26]. L´expérience d´autres pays africains montre que la digitalisation et l´intégration des systèmes numériques (ex: DHIS2) sont des leviers majeurs pour renforcer la performance du SAP [27].

Capacités de réponse et de coordination limitées: l´analyse des capacités de réponse révèle que seuls quatre districts disposent d´une équipe d´intervention rapide alignée sur l´approche «Une Seule Santé». Les kits de riposte manquent cruellement et la coordination formelle de la réponse n´est jugée satisfaisante que par 6% des personnes interrogées. Ces résultats traduisent un sous-investissement dans les ressources humaines, la logistique et la redevabilité des acteurs du système de santé, aggravé par l´instabilité et la fragmentation des services dans certaines régions [12,28]. La littérature sur les systèmes de gestion des urgences sanitaires en Afrique centrale et de l´Ouest souligne l´importance du renforcement des capacités locales, de l´engagement communautaire et de l´intégration de l´approche « Une Seule Santé » pour améliorer la réactivité et la résilience du SAP [29,30]. L´absence de listes linéaires standardisées et la faible intégration numérique entravent encore la qualité de la documentation et la prise de décision rapide. Cette étude met également en évidence l'impact négatif du manque de coordination intersectorielle et de l'engagement communautaire insuffisant. En effet, la confiance des professionnels de santé dans la capacité du système à répondre efficacement aux alertes reste modérée, et la collaboration entre les secteurs de la santé humaine, animale et environnementale est largement perfectible. Ce constat rejoint les enseignements tirés des récentes épidémies, où l´engagement communautaire et la confiance dans le système sont des facteurs déterminants pour le succès des interventions [31-33].

Au-delà des aspects techniques, la soutenabilité financière et institutionnelle du système d´alerte précoce en RCA demeure un défi majeur. Le dispositif repose largement sur l´appui des partenaires techniques et financiers, ce qui le rend vulnérable en cas de retrait ou de redéploiement des ressources externes. La mise en place d´un financement national pérenne et d´une gouvernance institutionnelle forte est indispensable pour garantir la continuité des activités de surveillance et de riposte. Par ailleurs, l´intégration des systèmes numériques, notamment le District Health Information System 2 (DHIS2), constitue un levier essentiel pour améliorer la traçabilité des alertes, la qualité des données et la rapidité de la prise de décision. L´extension et l´appropriation de ces outils numériques devraient être considérées comme une priorité stratégique pour renforcer la résilience du système.

Limites: son approche observationnelle transversale et la courte période de collecte ne permettent pas de suivre l'évolution des indicateurs dans le temps ni d'établir des liens de causalité. La sélection raisonnée des sites pourrait limiter la validité externe des résultats, introduire un biais de représentativité, en sous-estimant les difficultés des districts sanitaires les plus enclavés ou instables. Enfin, la taille réduite de l'échantillon limite la généralisation des résultats à l´ensemble du pays. Néanmoins, la force de notre étude réside dans sa couverture nationale, la diversité des contextes évalués et l'intégration des perceptions locales, offrant ainsi une vision globale et nuancée du système d'alerte précoce en RCA. Elle offre une vision équilibrée et pragmatique du système d´alerte précoce en RCA, en mettant en évidence les disparités entre zones pilotes et non pilotes de la SBE. Cette précision méthodologique facilite la compréhension des résultats et leur interprétation dans le cadre du déploiement progressif de la SBE.

 

 

Conclusion Up    Down

Cette évaluation du niveau de préparation du système d´alerte précoce de la RCA dans un contexte d´endémie de Mpox montre des avancées encourageantes avec l'intégration universelle de la surveillance basée sur les indicateurs et l'amorce de la surveillance basée sur les événements. Toutefois, les faiblesses persistantes en ressources humaines, logistiques et coordination intersectorielle entravent encore la réactivité et la qualité du système. Le renforcement des capacités, une digitalisation accrue, une meilleure mobilisation communautaire et la coordination intersectorielle de la réponse apparaissent essentiels pour garantir la résilience du système. Des recherches longitudinales et des évaluations ciblées dans les zones les plus vulnérables seraient utiles pour orienter les interventions futures.

 

 

Conflits d'intérêts Up    Down

Les auteurs ne déclarent aucun conflit d'intérêts

 

 

Contributions des auteurs Up    Down

Alexandre Delamou, Emmanuel Fandema, Jeremi Goita et Ernest Kalthan ont coordonné l´étude. Alexandre Delamou et Emmanuel Fandema ont conçu la méthodologie et développé les outils avec les contributions de Félicite Yagatta, Jeremi Goita, Ernest Kalthan, Gaëtan Robert Adouaka, Avilah Phrygie Amakade Woyengba, Félicite Yagatta, Thierry Ulrich Mbesse Ngoumakale et Jean De Dieu Longo. Alexandre Delamou, Emmanuel Fandema, Gaëtan Robert Adouaka, Avilah Phrygie Amakade Woyengba, Félicite Yagatta et Thierry Ulrich Mbesse Ngoumakale ont collecté et analysé les données. EF, Gaëtan Robert Adouaka et Avilah Phrygie Amakade Woyengba ont rédigé le manuscrit sous la supervision de Alexandre Delamou et Jean De Dieu Longo. Tous les auteurs ont lu et approuvé; la version finale du manuscrit.

 

 

Remerciements Up    Down

Nous tenons à remercier tous les acteurs impliqués dans l´évaluation, en particulier le Ministère de la Santé et de la Population, les autorités sanitaires et administratives locales, les agents de collecte des données ainsi que les communautés des districts sanitaires visités.

 

 

Tableaux Up    Down

Tableau 1: statistiques des observations réalisées, évaluation approfondie SAP en RCA, 2025 (n=18)

Tableau 2: existence des outils de détection des épidémies, canaux utilisés et traçabilité des notifications d´alertes précoces dans les structures visitées, évaluation approfondie du SAP en RCA, 2025 (n=18)

Tableau 3: capacités de réponse aux alertes précoces et documentation des épidémies dans les structures visitées, évaluation approfondie du SAP en RCA, 2025

Tableau 4: appréciation globale du système d´alerte précoce local par les répondants (perception) en fonction de l'intégration de la Surveillance Basée sur les Événements dans les structures visitées, évaluation approfondie du SAP en RCA, 2025 (n=17)

 

 

Références Up    Down

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