Caractéristiques micro-économiques des établissements de soins de santé privés et qualité de services: étude de cas de la zone de santé urbaine de Ngaba, Ville de Kinshasa, République Démocratique du Congo
Sharon Ndelela Nkamba, Éric Mafuta Musalu, Atila Mpula Nsongo, Ngambue Isa Sylvie
Corresponding author: Sharon Ndelela Nkamba, Département de Management et Politique de Santé, École de Santé Publique de Kinshasa, Faculté de Médecine, Université de Kinshasa, Kinshasa, République Démocratique du Congo 
Received: 18 Nov 2025 - Accepted: 17 Aug 2026 - Published: 10 Sep 2026
Domain: Health economy,Health system development
Keywords: Caractéristiques économiques et organisationnelles, Entreprises, établissements de soins de santé privés, qualité des services, milieu urbain, RDC
Funding: Cette recherche n’a reçu aucune subvention spécifique d’un organisme de financement des secteurs public, commercial ou à but non lucratif.
©Sharon Ndelela Nkamba et al. Pan African Medical Journal (ISSN: 1937-8688). This is an Open Access article distributed under the terms of the Creative Commons Attribution International 4.0 License (https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/), which permits unrestricted use, distribution, and reproduction in any medium, provided the original work is properly cited.
Cite this article: Sharon Ndelela Nkamba et al. Caractéristiques micro-économiques des établissements de soins de santé privés et qualité de services: étude de cas de la zone de santé urbaine de Ngaba, Ville de Kinshasa, République Démocratique du Congo. Pan African Medical Journal. 2026;55:10. [doi: 10.11604/pamj.2026.55.10.50208]
Available online at: https://www.panafrican-med-journal.com//content/article/55/10/full
Case study 
Caractéristiques micro-économiques des établissements de soins de santé privés et qualité de services: étude de cas de la zone de santé urbaine de Ngaba, Ville de Kinshasa, République Démocratique du Congo
Caractéristiques micro-économiques des établissements de soins de santé privés et qualité de services: étude de cas de la zone de santé urbaine de Ngaba, Ville de Kinshasa, République Démocratique du Congo
Microeconomic characteristics of private health care facilities and quality of services: a case study of the Ngaba Urban Health Zone, Kinshasa City, Democratic Republic of the Congo
Sharon Ndelela Nkamba1,2,&, Éric Mafuta Musalu1, Atila Mpula Nsongo3, Ngambue Isa Sylvie4
&Auteur correspondant
Introduction: dans un contexte de fragilité du système public de santé en République Démocratique du Congo, le secteur privé urbain émerge comme un acteur clé, bien que peu documenté. Cette étude vise à analyser les caractéristiques économiques, organisationnelles et la qualité des services des établissements privés de premier échelon dans la Zone de Santé de Ngaba à Kinshasa, afin d’évaluer leur contribution à la Couverture Sanitaire Universelle.
Méthodes: une étude de cas qualitative a été menée du 8 au 31 juillet 2024 auprès de 30 établissements de soins de santé privés actifs dans la Zone de Santé de Ngaba à Kinshasa en 2023. L’échantillonnage raisonné a permis d’inclure divers types d’établissements de soins de santé privés (indépendants, confessionnels, ONG locales). Le cadre d’analyse s’est appuyé sur le modèle de Donabedian, avec la qualité des services comme variable dépendante, croisée avec des facteurs économiques, organisationnels et contextuels. Les données ont été recueillies par interviews semi-structurées, observation directe et revue documentaire, puis analysées par approche thématique déductive.
Résultats: les résultats montrent que les établissements de soins de santé privés sont majoritairement dirigés par des professionnels de santé sans compétences managériales solides. Fonctionnant comme des micro-entreprises, ils présentent une organisation informelle, un personnel limité et un financement exclusivement basé sur les paiements directs des ménages. Les services offerts sont souvent en deçà des normes, en raison du sous-équipement, du manque de personnel qualifié et d’infrastructures inadéquates. L’appui public reste marginal.
Conclusion: en conclusion, bien que les ESS privés contribuent à l’accès aux soins, leur performance est entravée par des lacunes structurelles. Un renforcement en formation, supervision et régulation est essentiel pour garantir des services de qualité.
Introduction: in the context of a fragile public health system in the Democratic Republic of the Congo, the urban private health sector is emerging as a key actor, although it remains poorly documented. This study aimed to analyze the economic and organizational characteristics, as well as the quality of services, of first-level private health care facilities in the Ngaba Urban Health Zone in Kinshasa, in order to assess their contribution to universal health coverage. Methods: a qualitative case study was conducted from July 8 to 31, 2024, among 30 active private health care facilities in the Ngaba Urban Health Zone, Kinshasa, during the year 2023. A purposive sampling approach was used to include different types of private health facilities (independent, faith-based, and local NGO-run). The analytical framework was based on the Donabedian model, with service quality as the dependent variable, analyzed in relation to economic, organizational, and contextual factors. Data were collected through semi-structured interviews, direct observation, and document review, and analyzed using a deductive thematic approach. Results: findings revealed that most private health facilities are managed by health professionals with limited managerial capacity. Functioning as micro-enterprises, they are characterized by informal organizational structures, limited staff, and financing based exclusively on out-of-pocket payments. The services provided often fall below standard requirements due to inadequate equipment, a shortage of qualified personnel, and substandard infrastructure. Public sector support remains minimal. Conclusion: although private health facilities contribute to improving access to care, their performance is hindered by structural weaknesses. Strengthening training, supervision, and regulatory mechanisms is essential to ensure the provision of quality services.
Key words: Economic and organizational characteristics, micro-enterprises, private health care facilities, quality of services, urban settings, Democratic Republic of the Congo
L’agenda 2030 pour le développement durable définit une vision ambitieuse d’un monde plus équitable, fondée sur la réalisation des objectifs de développement durable (ODD), tels que l’éradication de la pauvreté, la protection de la planète et la garantie de la prospérité pour tous. La réussite de ce programme repose sur une approche collaborative intégrant les gouvernements, la société civile et le secteur privé, afin de construire des sociétés résilientes, prospères et inclusives [1].
Dans le domaine de la santé, cette logique a été renforcée par l’adoption, en 2019 lors de l’Assemblée générale de la Santé, de la Déclaration politique sur la Couverture Sanitaire Universelle (CSU 2030). Celle-ci aspire à garantir un accès équitable à des soins de santé de qualité pour tous d’ici 2030, par la mobilisation de toutes les parties prenantes. Dans cette perspective, la seule contribution du secteur public se révèle insuffisante, et le secteur privé de la santé est devenu un acteur incontournable de l’offre de soins dans de nombreuses régions du monde, notamment dans les pays à ressources limitées [2].
En Allemagne, les centres médicaux privés ont connu une croissance rapide, notamment sous l’impulsion d’investissements en capital privé. Ces structures ont permis une diversification de l’offre de soins, notamment en milieu urbain, ainsi qu’une création d’emplois qualifiés et une stimulation locale de l’économie. Cependant, des études telles que celles de KPMG [Healthcare Barometer 2024] et de Deloitte ont révélé des risques liés à une rentabilité excessive, à une concentration sur les soins lucratifs et à une pression sur les marges, pouvant affecter la qualité des soins [3-7].
En Afrique du Sud, une étude menée par Natalie Leoni et Ray Mabopeii telle que décrite dans le rapport The Private Health Sector: Cross-Cutting Health Systems Issues (Health Systems Trust, 2023) a mis en évidence que le secteur privé sud-africain, bien qu’il ne couvre qu’environ 16% de la population, absorbe plus de 50% des dépenses totales de santé. Ce secteur stimule l’économie locale par la création d’emplois, l’investissement dans des infrastructures modernes et l’innovation dans les services médicaux. Cependant, les auteurs soulignent des problèmes structurels préoccupants: une concentration sur les soins rentables au détriment des soins préventifs, un manque de personnel qualifié dans certaines régions, et une régulation insuffisante entraînant des disparités de qualité et d’accès aux soins. Ces lacunes compromettent l’équité du système et posent un risque pour la santé publique, notamment dans les zones rurales et défavorisées [8,9].
En République Démocratique du Congo (RDC), le contexte post-conflit est marqué par une pauvreté structurelle extrême (73% de la population vit avec moins de 2 dollars par jour), un faible PIB par habitant de 577 USD (2021), une démographie galopante (croissance de 3,3% par an) et une urbanisation rapide. La situation est particulièrement préoccupante, et les défis en matière de santé publique sont immenses. Face aux ressources publiques limitées, la contribution du secteur privé dans les domaines essentiels de la vie nationale, dont la santé et l’éducation, devient cruciale pour accompagner une croissance durable, malgré les difficultés d’implantation (documents) et de fonctionnement (personnel, financement, infrastructures, équipements…) liées à plusieurs facteurs que rencontrent les entrepreneurs privés déjà actifs dans ces domaines [10].
Ce modèle se vérifie également dans le domaine de la santé, où le désengagement de l’État dans les années 1980 a favorisé l’émergence d’un marché de soins libéralisé. De cette dynamique s’est développé un réseau croissant d’établissements de soins de santé privés, en particulier en milieu urbain [11,12].
Depuis la conférence d’Alma-Ata, la RDC a opté pour un système de santé basé sur les soins de santé primaires (SSP), caractérisés par la décentralisation, la participation communautaire, l’intégration des services et l’accessibilité financière [13]. Pour mettre en œuvre cette stratégie, l’implication du secteur privé est indispensable. Ce dernier, bien qu’il assure une part significative de l’offre de soins, notamment curatifs en milieu urbain, reste confronté à de nombreuses limites d’ordre structurel: concentration sur les soins rentables, inégalités d’accès, sous-financement chronique, personnel parfois non qualifié, infrastructures inadéquates, etc. [14].
L’organisation du système de santé congolais est mixte et repose sur les établissements de soins de santé (ESS), aussi bien publics que privés. Les ESS publics sont prédominants en milieu rural, tandis qu’en milieu urbain, on observe une prolifération des ESS privés. Toutefois, cette expansion soulève des préoccupations quant à la qualité réelle des services fournis et à la conformité des établissements privés aux normes sanitaires en vigueur [15].
Les centres de santé (CS), structures de premier échelon au niveau de l’aire de santé, jouent un rôle déterminant dans l’accès initial aux soins pour une large partie de la population urbaine. Cependant, l’expansion rapide des établissements privés s’est faite dans un cadre institutionnel flou et peu régulé, comme le démontrent plusieurs recherches. Trois études récentes, dont deux menées en 2021 dans les centres urbains de Goma et Mbuji-Mayi, ont mis en évidence des dysfonctionnements majeurs dans ces établissements: non-respect des procédures d’ouverture, offre de services inadaptée aux capacités structurelles et humaines disponibles, faible supervision par les autorités sanitaires [16,17]. Une autre étude menée en 2024 à Lubumbashi a relevé des irrégularités dans les documents légaux, une absence d’accompagnement administratif de la part du secteur public, ainsi qu’une collaboration technique effective avec le Bureau Central de la Zone de Santé [18].
Ces observations sont préoccupantes quant à la capacité de ces structures à garantir une qualité minimale de soins. D’où la nécessité de réglementer le secteur, tant public que privé, par le respect des normes de la zone de santé (ZS), encadrée par l’application du Vade Mecum du Partenariat en santé, qui apparaît dès lors comme une priorité du secteur. Selon les résultats de la troisième Enquête Démographique et de Santé (EDS-RDC III 2023-2024), des écarts significatifs persistent dans la qualité et l’accessibilité des soins entre les milieux urbains et ruraux, notamment en ce qui concerne la disponibilité des infrastructures sanitaires, la qualification du personnel et la couverture des services essentiels, mettant en lumière les disparités structurelles du système de santé congolais [19].
Dans la Zone de Santé de Ngaba, une étude qualitative menée en 2014 a révélé des dysfonctionnements notables dans les établissements de soins, notamment une insuffisance de coordination entre les structures sanitaires, une faible supervision des centres de santé et un manque de ressources humaines qualifiées, compromettant ainsi l’efficacité des soins offerts à la population [20].
Malgré ces insuffisances, le secteur privé reste un acteur économique clé, contribuant à la création d’emplois, à la génération de revenus et au renforcement de la résilience des communautés. Pourtant, son rôle précis dans le système de santé urbain congolais demeure insuffisamment documenté, car les données concernant les ESS privés, en tant qu’unités économiques et prestataires de soins, restent fragmentaires, voire inexistantes. Ce manque d’information limite ainsi la capacité des décideurs à formuler des politiques de régulation efficaces et à soutenir les structures les plus performantes.
C’est dans ce contexte que s’inscrit la présente étude, qui vise à décrire les caractéristiques économiques et organisationnelles des établissements de soins privés de premier échelon considérés comme des micro-, petites et moyennes entreprises ainsi que la qualité des services qu’ils offrent en milieu urbain, en l’occurrence dans la Zone de Santé de Ngaba à Kinshasa.
Type d’étude: il s’agit d’une étude qualitative; cette étude de cas a été menée auprès des ESS privés de premier échelon de la Zone de Santé de Ngaba, à Kinshasa, en République Démocratique du Congo.
Cadre de l’étude: l’étude a porté sur les données étudiées de l’année civile 2023 et s’est déroulée du 8 au 31 juillet 2024. La zone de santé de Ngaba est une zone de santé urbaine qui s’étend dans la commune du même nom, dans la Ville-Province de Kinshasa. Elle présente une forte densité de population (60294 habitants/km2). Elle est historiquement incluse dans le découpage sanitaire de 1985 et est marquée par une prédominance d’ESS privés. Sur 52 ESS formels, seulement 5 sont publics, reflétant un système de santé de type urbain en décalage avec l’organisation normale du système de santé centrée sur les zones rurales où les ESS publics prédominent.
Population d’étude et échantillonnage: l’unité statique de cette étude était constituée de l’ensemble des établissements de soins de santé privés à activité continue en 2023 œuvrant dans la zone de santé de Ngaba. Étaient inclus dans l’étude tous les ESS privés en activité continue en 2023 œuvrant dans la ZS de Ngaba et dont le dirigeant a donné le consentement éclairé. Avait répondu à l’enquête, le dirigeant ou entrepreneur responsable de la gestion quotidienne de l’ESS sélectionné. Un échantillonnage raisonné a été utilisé, intégrant des critères tels que la taille de l’établissement, son statut juridique, son ancienneté et la disponibilité du responsable à participer à l’étude pour inclure les ESS. La taille de l’échantillon était fixée à 30 ESS privés. Ont été inclus les ESS de plusieurs catégories, indépendants ou lucratifs, confessionnels et d’ONG locales offrant les soins de premier recours en vue d’atteindre la saturation théorique de Glaser et Strauss (1967).
Variables et cadre d’analyse: en se référant au modèle de Donabedian adapté au contexte de l’étude, deux catégories de variables ont été définies: variable dépendante: la qualité des services offerts par les ESS privés de premier recours; variables indépendantes: le profil de l’entrepreneur ou du dirigeant dont formation de base, les caractéristiques micro-économiques et organisationnelles des ESS notamment effectif du personnel, budget de fonctionnement, type de comptabilité tenue, mode de gestion, style de management, régime fiscal et autonomie financière, les politiques, les services organisés, les ressources humaines, infrastructurelles et matérielles, l’environnement d’implantation et le niveau d’appui du secteur public.
Technique de collecte et d’analyse des données: les données ont été collectées en recourant aux interviews semi-structurées enregistrées (guide d’entretien + smartphone/dictaphone), complétées par l’observation directe et la revue documentaire (documents administratifs, de gestion, traces de l’appui public). Les entretiens ont permis une collecte standardisée d’informations via des questions ouvertes et fermées, des relances et des sous-thèmes. L’observation directe non participante a porté sur l’environnement, les infrastructures et les services. Un guide d’entretien, une fiche d’observation et une fiche d’extraction de données ont été utilisés. La méthodologie a été préalablement prétestée sur un ESS non inclus dans l’étude afin de valider la pertinence de l’outil et d’ajuster la durée des entretiens.
Après avoir écouté les différents enregistrements, nous sommes passés à l’étape de transcrit où nous avons copié mot à mot selon différents échanges avec nos interlocuteurs.
Considérations éthiques: les données des formulaires de collecte de données ont été codées et le comité d'éthique de l'École de Santé Publique de Kinshasa a approuvé cette étude avant la collecte des données (numéro d'approbation: ESP/CE/142/2024). L'autorisation a également été accordée par les autorités sanitaires et politico-administratives. Nous avons tenu compte de 3 grands principes fondamentaux de l’éthique dont le principe du respect de la personne, le principe de la bienfaisance ainsi que celui de la justice. La participation à cette étude était libre et volontaire. Nous avons expliqué à tous les participants les objectifs de notre étude, la procédure, le déroulement, ainsi que le caractère confidentiel et autonome de l’étude.
Au total, l’étude a inclus 30 ESS privés de premier recours situés dans la zone de santé de Ngaba. Sont rapportés le profil de l’entrepreneur ou du dirigeant des ESS privés (Tableau 1), les caractéristiques des ESS privés comme MPME (Tableau 2), les conditions minimales pour ouvrir et faire fonctionner un ESS offrant un service de qualité (Tableau 3), le niveau d’appui du secteur public de la santé aux ESS privés (Tableau 4), ainsi que les analyses croisées entre le profil de l’entrepreneur ou du dirigeant et les caractéristiques microéconomiques des ESS privées ou la qualité des services offerts par les ESS privés évoluant dans la ZS de NGABA (Tableau 5, Tableau 6).
Profil de l’entrepreneur ou du dirigeant des ESS privés: le profil de l’entrepreneur ou du dirigeant des ESS privés en milieu urbain (ZS de Ngaba) dans cette recherche est déterminé grâce à 2 principales variables dont le niveau d’instruction et la formation de base (Tableau 1). De manière générale, dans la zone de santé de Ngaba, tous les responsables des ESS enquêtés (30/30) avaient un niveau d’instruction supérieur ou universitaire et la grande majorité (29/30) avait pour formation de base les sciences de santé, suggérant que l’entrepreneur ou dirigeant des ESS privés était souvent un professionnel de santé de niveau supérieur.
Caractéristiques basiques microéconomiques des ESS privés: les caractéristiques des ESS privés comme MPME sont définies dans cette étude en utilisant quatre critères de classification dont l’effectif des employés ou du personnel, les recettes réalisées, le capital investi et le mode de gestion et en recherchant certains facteurs internes d’une entreprise qui peuvent influencer directement la prestation de services notamment le budget de fonctionnement, le type de la comptabilité tenue, le style de management, le régime fiscal et l’autonomie financière auprès des ESS privés évoluant dans la ZS de Ngaba (Tableau 2).
La plupart des ESS privés ont fonctionné en 2023 comme des entreprises de petite taille, dont près de huit ESS sur dix étaient de petites entreprises ayant utilisé un personnel compris entre 6 et 50 personnes et de micro-entreprises suivant le chiffre d’affaires, le capital investi et le mode de gestion. Soit plus de trois ESS sur cinq avaient réalisé un chiffre d’affaires hors taxes < ou = 10000$, cinq ESS sur six ont débuté leurs activités avec un montant < ou = 10000$ et plus d’un ESS sur deux était géré suivant le mode concentré sur un individu qui était soit le propriétaire lui-même soit le dirigeant (IT) qui tenait les aspects tant médicaux qu’administratifs caractérisant une micro-entreprise et tenait une comptabilité allégée voire partielle. La grande majorité, soit cinq ESS sur six, n’avait jamais établi un budget de fonctionnement et se contentait d’un fonctionnement basé sur les recettes et les dépenses. Le management dominant était du type participatif-paternaliste-persuasif. La majorité des ESS se sont déclarés autonomes financièrement et deux ESS sur trois ont rapporté être soumis à un régime fiscal forfaitaire.
Conditions minimales pour ouvrir un ESS et faire fonctionner un ESS offrant un service de qualité: les conditions minimales pour ouvrir et faire fonctionner un ESS offrant un service de qualité se reposent sur le modèle conceptuel de Donabedian adapté au contexte de cette étude circonscrit à sa composante structure et ses 5 sous-composantes prises comme variables latentes dont chacune était déduite à partir d’autres variables observées telles que politique et normes (documents requis pour l’ouverture d’un ESS), services organisés, personnel/ressources humaines, infrastructures de prise en charge et organisation des ressources (matériels, équipements, médicaments et finances) auxquelles nous avions ajoutées l’hygiène environnementale afin de refléter la spécificité contextuelle de notre recherche (Tableau 3).
La grande partie des ESS ne possèdent pas tous les documents légaux, ils organisent de services sans se conformer aux normes du secteur et montrent un sous-équipement, un déficit qualitatif voire quantitatif de personnel et d’infrastructures de prise en charge mais le circuit d’approvisionnement en médicaments semble être respecté. Les conditions environnementales sont souvent inadéquates mais certaines mesures de prévention des infections sont respectées.
Niveau d’appui du secteur public de la santé aux ESS privés: le niveau d’appui du secteur public de la santé aux ESS privés se résume dans cette étude en l’effectivité du soutien institutionnel (accompagnement administratif) et/ou de la collaboration avec le BCZS (accompagnement technique) (Tableau 4).
Et aucun ESS évoluant dans la ZS de Ngaba n’avait bénéficié d’un accompagnement administratif de l’etat. Deux ESS sur cinq avaient rapporté avoir été accompagnés par un partenaire externe, rendant marginal le soutien du secteur public. Toutefois, la majorité des ESS ont déclaré avoir une collaboration avec le BCZS, car ils avaient rapporté les informations sanitaires, recevaient la supervision et avaient bénéficié des formations de prestataires au moins une fois pendant l’année de référence.
Association entre le profil de l’entrepreneur ou du dirigeant des ESS privés et les caractéristiques des ESS privés comme MPME: cette association porte sur les caractéristiques des ESS privées comme MPME en fonction du profil (de la formation de base) de leurs propriétaires ou dirigeants (sciences de la santé vs Gestion) pour vérifier si cette variable joue un rôle dans: le mode de gestion, l’etablissement du budget de fonctionnement, le type de comptabilité tenue, le régime fiscal soumis, l’autonomie financière, le style de management de l’ESS pris comme une unité économique de petite taille évoluant dans la ZS de Ngaba (Tableau 5).
La distribution des caractéristiques selon la formation de base du gestionnaire montre que la formation de base en sciences de santé bien qu’un excellent atout pour offrir les soins de qualité dans la ZS de Ngaba présentait plusieurs limites en gestion d’entreprise. La grande majorité des ESS dirigés par des professionnels de santé étaient plus orientés vers la pratique médicale que vers une gestion stratégique structurée du point de vue économique avec comme conséquence la tenue d’une comptabilité incomplète, l’absence fréquente de budgets de fonctionnement formels, l’autofinancement fondé sur le paiement direct des ménages, un management de type dominant et une gestion centralisée et intuitive que normée des entreprises de petit taille.
Association entre le profil de l’entrepreneur ou du dirigeant des ESS privés et la qualité des services offerts: cette analyse croisée porte sur la qualité de services offerts par les ESS privés en fonction du profil/de la formation de base de leurs propriétaires ou dirigeants (sciences de la santé vs gestion) afin d’évaluer l’impact de la formation de base en sciences de santé des dirigeants des ESS sur le respect des normes réglementaires (documents, services, médicaments), la structuration organisationnelle (ressources humaines, équipements, infrastructures), la qualité de l’environnement et le niveau de collaboration avec le secteur public (Tableau 6).
La formation de base en sciences de la santé chez les dirigeants était un déterminant majeur de la qualité des services offerts. Car il avait été un atout pour la pratique clinique et la collaboration avec les autorités sanitaires, mais avait fait défaut dans la qualité structurelle et organisationnelle dans la plupart des ESS privés évoluant dans la ZS de Ngaba.
L’objectif de cette étude était de décrire les caractéristiques des établissements de soins de santé (ESS) privés assimilables aux MPME et de déterminer la qualité des services qu’ils offrent en milieu urbain (la ZS de Ngaba). L’analyse des données recueillies permet de faire ressortir plusieurs constats majeurs, en lien avec les dimensions structurelles, organisationnelles et environnementales des ESS privés telles que débattus ci-bas.
Les ESS privés de la ZS de Ngaba sont majoritairement dirigés par des professionnels de santé, de niveau universitaire, limités en compétences managériales. Ils fonctionnent comme de petites entreprises, avec un personnel réduit, une gestion souvent centralisée, fonctionnent sur base de recettes-dépenses sans budget de fonctionnement, tiennent une comptabilité sommaire et se sont déclarés capables de couvrir leurs charges à partir de recettes mobilisées. Les services qu’ils offrent, ne respectent pas les normes établies, souffrent d’un sous-équipement, d’un déficit qualitatif voire quantitatif de personnel qualifié et d’infrastructures. La grande majorité a des documents légaux incomplets. Les conditions environnementales sont souvent inadéquates, notamment en matière d’hygiène, de sécurité et d’assainissement, bien que certaines mesures de prévention soient respectées. Ils bénéficient d’un soutien du secteur public marginal, bien que la collaboration avec les autorités sanitaires soit effective.
Profil des dirigeants: les ESS étudiés sont majoritairement dirigés par des professionnels de santé de niveau universitaire, souvent dépourvus de formation en gestion d’entreprise. Ce profil confirme les travaux de l’USAID (2017) et de Latte (2022) et limite leur capacité à accéder à des financements externes, à produire des états financiers cohérents ou encore à planifier des investissements [21,22]. Par conséquent, dans cette étude, tous les ESS avaient démarré leurs activités sur fonds propres, réduisant ainsi les marges de manœuvre pour une croissance structurelle et qualitative des services. Ce constat renforce l’hypothèse selon laquelle l’absence de compétences en gestion constitue un obstacle structurel à la viabilité des ESS privés. Ce profil est gage d’une expertise clinique dominante mais d’un déficit managérial accru.
Caractéristiques microéconomiques des ESS privés: les ESS privés à Ngaba relèvent largement de la catégorie des micro- et petites entreprises selon les critères de l’effectif du personnel, du chiffre d’affaires annuel hors taxes, du capital investi et du modèle de gestion. Cette caractéristique rejoint les données de la Banque mondiale (2019) et du Ministère de l’Économie (2017), qui montrent la prédominance des MPME dans le secteur privé quel que soit le domaine d’activité [23,24]. Cependant, leur contribution au PIB national reste difficile à établir, notamment à cause d’une comptabilité rudimentaire. D’où la nécessité d’une classification claire des ESS selon les normes en vigueur paraît essentielle pour une gestion adéquate et conforme afin que les ESS privés soient de véritables opportunités économiques bien que fragiles du point de vue institutionnel.
L’absence de budget prévisionnel formel, une gestion basée uniquement sur les recettes et dépenses mensuelles, et une comptabilité partielle sont les normes de fonctionnement dans les ESS enquêtés. Bien que ce type de gestion soit pragmatique et adapté à la réalité économique des ESS, il limite la planification stratégique [22,25]. La gestion informelle des ressources humaines, marquée par la multiplicité des tâches, la rémunération variable et un management paternaliste, reflète un fonctionnement familial et intuitif [26-28] pouvant entraver l’optimisation des ressources. Ainsi, ces éléments compromettent la formalisation, la professionnalisation et la pérennisation des ESS.
Conditions minimales pour ouvrir un ESS et faire fonctionner un ESS offrant un service de qualité: le résultat le plus inquiétant de l’étude est le faible respect des normes minimales requises pour l’ouverture et le fonctionnement des ESS, comme le stipule le recueil des normes de la ZS. La majorité des structures fonctionnent avec des documents administratifs incomplets, dans des locaux inadaptés, avec un équipement insuffisant et des nuisances environnementales marquées. Ce constat s’aligne avec les études de Mbuji-Mayi, Goma et Lubumbashi qui dénoncent le même phénomène d’irrégularité, compromettant la qualité des services ainsi que la sécurité des patients [16-18]. Donc la non-conformité structurelle et environnementale des ESS privés évoluant dans la ZS de Ngaba est un risque majeur pour la qualité des soins.
Bien que les ESS étudiés offrent une large gamme de services, ils le font souvent sans respecter le paquet d’activités requis par les normes ni disposer d’une infrastructure adéquate. La coexistence de plusieurs services dans un même local et l’absence de signalisation rendent difficile l’orientation du patient. Si l’on tente une adaptation aux besoins de la population, elle se fait souvent au détriment des normes établies, ce qui remet en question la qualité et la sécurité des prestations [29,30]. Donc l’offre de services adaptée à la demande du milieu d’implantation va à l’encontre de la conformité structurelle des ESS privés œuvrant dans la ZS de Ngaba.
Le personnel des ESS privés est recruté sur des bases informelles dans 30% des cas (famille, réseau de proximité) et occupe souvent des fonctions multiples. Cette polyvalence, bien qu’efficiente dans les contextes à ressources limitées, pose des questions sur la compétence technique, la continuité des soins et le respect des normes professionnelles. Le déficit en personnel qualifié, surtout en dehors des médecins, fragilise la chaîne de soins. Ce modèle de fonctionnement, typique des très petites entreprises, a été observé aussi dans les très petites entreprises de Dakar et de Douala [27,30].
L’étude met en évidence une inadéquation entre les normes requises et les pratiques réelles de conditions environnementales des ESS dans leur milieu d’implantation dont hygiène, gestion des déchets sont préoccupantes. Ce qui rejoint les conclusions de l’étude de Kanda-Kanda prouvant l’impact des infrastructures sur la qualité des soins. Ces carences environnementales sont susceptibles d’aggraver les risques infectieux et d’altérer la qualité tant réelle que perçue des soins auprès des usagers [29]. La recherche montre une collaboration allant de la ponctuelle à la fréquente et effective entre les ESS privés et l’ECZ sur le plan technique (rapportage, formation, supervision). En revanche, le soutien administratif du secteur public est quasi inexistant. Ce déséquilibre dans le partenariat public-privé soulève des questions sur la gouvernance sanitaire en milieu urbain et l’équité de l’accès aux ressources publiques pour les ESS privés. Ce résultat est cohérent avec l’étude de Ruashi [18], qui souligne le rôle des ONG dans l’appui administratif, en l’absence de l’état.
L’analyse croisée met en lumière l’influence déterminante du profil des dirigeants et des caractéristiques internes des ESS privés sur leurs performances structurelles et organisationnelles. Les ESS dirigés par des professionnels de santé, bien qu’efficaces sur le plan clinique, présentaient de fortes limites en gestion, car la direction d’un ESS par un gestionnaire de formation favorise aussi une meilleure conformité aux normes. Et les ESS ayant employé au moins 6 personnes font preuve de la maturité organisationnelle et de la professionnalisation de la gestion ou de la décentralisation du management. Par ailleurs, des facteurs tels que la décentralisation du management et la diversification des sources de financement en plus de l’autofinancement par le paiement direct des ménages sont identifiés comme des leviers essentiels d’amélioration de la qualité des services, justifiant la nécessité de renforcer les compétences de gestion des professionnels de santé à la tête de ces structures.
Limites de l’étude: les limites de cette étude sont les risques de biais de sélection, car seuls les ESS ayant accepté de collaborer avaient été inclus dans l’enquête, et de non-exhaustivité car certaines informations possibles pouvaient avoir échappé à l’investigatrice lors de la transcription des enregistrements audio ou ne pas avoir été obtenues lors de ladite enquête. Toutefois, celle-ci avait été prise en compte dans l’interprétation des résultats et au cours de l’analyse croisée entre le profil de l’entrepreneur ou du dirigeant et les autres variables pour renforcer la validité de notre recherche et la robustesse de nos conclusions. Par ailleurs, un accès restreint à des données fiables avait aussi été identifié en raison parfois du manque de transparence de la part des ESS en ce qui concerne les informations qu’ils jugeaient confidentielles dont leurs finances, conformité aux textes et performance.
Cette étude met en exergue la singularité des établissements de soins de santé privés en RDC: bien que facilitant l’accès aux soins, leur fonctionnement reste majoritairement informel, sous-régulé et exposé à de multiples vulnérabilités. Il est donc urgent de renforcer les capacités managériales des dirigeants et de formaliser la relation des établissements de soins de santé privés avec le secteur public dans une logique de complémentarité. Le soutien à la structuration des établissements des soins de santé comme MPME viables et résilientes constitue une priorité pour améliorer l’efficacité et la qualité du système de santé urbain congolais.
What is known about this topic
- L'approche microéconomique des etablissements de soins de santé de 1er échelon cà d un établissement de soins n’est pas seulement offreur des soins mais aussi unité économique génératrice d’un revenu;
- L’analyse de la qualité des services de santé dans le secteur privé en milieu urbain.
What this study adds
- Constitution d’un cadre d’analyse qui articule les déterminants microéconomiques avec les indicateurs de qualité des service en identifiant les variables économiques qui peuvent être corrélées à la qualité perçue ou observée;
- Les résultats récents ouvrent une piste d’actions concrètes aux autorités sanitaires pour optimiser la qualité des prestations en préservant la rentabilité ou la viabilité financière du secteur privé de la santé.
Les auteurs ne déclarent aucun conflit d'intérêts.
Conception et réalisation: Sharon Ndelela et Éric Mafuta Musalu; collecte et analyse de données, rédaction du brouillon original et révision: Sharon Ndelela Nkamba, Atila Mpula Nsongo, et Ngambue Isa Sylvie; supervision: Éric Mafuta Musalu. Tous les auteurs ont lu et approuvé la version finale du manuscrit.
Nous remercions le programme One Health Workforce-Next-Generation (OHW-NG) financé par l’USAID du réseau universitaire africain AFROHUN de nous avoir accompagnés au cours de notre formation de Maitrise en Santé Publique à l'Ecole de Santé Publique de l'Université de Kinshasa.
Tableau 1: profil de l’entrepreneur ou du dirigeant des ESS privés de la ZS de Ngaba (Kinshasa- RDC), ayant fonctionné du 1er janvier au 31 décembre 2023 (N= 30)
Tableau 2: caractéristiques basiques microéconomiques des ESS privés de la ZS de Ngaba (Kinshasa- RDC), ayant fonctionné du 1er janvier au 31 décembre 2023 (N= 30)
Tableau 3: conditions minimales pour ouvrir un ESS et faire fonctionner un ESS privé offrant un service de qualité dans de la ZS de Ngaba (Kinshasa- RDC), auprès des ESS privés ayant fonctionné du 1er janvier au 31 décembre 2023 (N= 30)
Tableau 4: niveau d’appui du secteur public de la santé aux ESS privés de la ZS de Ngaba (Kinshasa- RDC), ayant fonctionné du 1er janvier au 31 décembre 2023 (N= 30)
Tableau 5: influence du profil de l’entrepreneur ou du dirigeant des ESS privés et leurs caractéristiques comme MPME, auprès des ESS privés ayant fonctionné du 1er janvier au 31 décembre 2023 (N= 30)
Tableau 6: analyse croisée entre le profil de l’entrepreneur ou du dirigeant des ESS privés et la qualité des services offerts, auprès des ESS privés ayant fonctionné du 1er janvier au 31 décembre 2023 (N= 30)
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