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Research

Mégaœsophage idiopathique: aspects épidémiologiques, cliniques, thérapeutiques et évolutifs dans une ville d´Afrique sub-saharienne de 2017 à 2022

Mégaœsophage idiopathique: aspects épidémiologiques, cliniques, thérapeutiques et évolutifs dans une ville d'Afrique sub-saharienne de 2017 à 2022

Idiopathic megaesophagus: epidemiological, clinical, therapeutic and evolutionary aspects in a sub-Saharan African city from 2017 to 2022

Comlan N'dehougbèa Martin Sokpon1,2,&, Yacoubou Imorou Souaïbou2,3, Princesse Jaulsine Orlane Frédia Kokou1, Aboudou Raimi Kpossou1,2,4, Féïchola Audrey Hounkpatin1, Rodolph Koffi Vignon1,2, Dansou Gaspard Gbessi2,5, Jean Sehonou1,2

 

1Clinique Universitaire d'Hépato-Gastroentérologie, Centre National Hospitalier Universitaire - Hubert Koutoukou Maga, Cotonou, Bénin, 2Faculté des Sciences de la Santé, Université d'Abomey-Calavi, Cotonou, Bénin, 3Service de Chirurgie Digestive du CHU-Z Abomey-Calavi, Cotonou, Bénin, 4Service d'Hépato-Gastroentérologie, Centre Hospitalier International de Calavi, Abomey-Calavi, Bénin, 5Clinique Universitaire de Chirurgie Viscérale, Centre National Hospitalier Universitaire - Hubert Koutoukou, Cotonou, Bénin

 

 

&Auteur correspondant
Comlan N'dehougbèa Martin Sokpon, Clinique Universitaire d'Hépato-Gastroentérologie, Centre National Hospitalier Universitaire - Hubert Koutoukou Maga, Cotonou, Bénin

 

 

Résumé

Introduction: le mégaœsophage idiopathique (MOI) est une affection rare. L'objectif de ce travail était de décrire les aspects épidémiologiques, cliniques, thérapeutiques et évolutifs et de comparer l'efficacité de la dilatation endoscopique et de la cardiomyotomie chirurgicale dans la prise en charge des patients atteints de mégaœsophage idiopathique.

 

Méthodes: il s'agissait d'une étude bicentrique observationnelle rétrospective comparative sur une période de 6 ans, incluant dans l'étude tous les patients chez qui un MOI était diagnostiqué.

 

Résultats: au total, 29 cas de MOI avaient été recensés, soit une fréquence hospitalière de 5 cas/an. L'âge moyen des patients était de 39 ± 14,5 ans, avec une prédominance masculine (55,2%). Le score d'Eckardt moyen avant le traitement était de 6,7 et variait entre 8 et 10 (48,2%). Sur les 29 patients, seulement 20 patients avaient bénéficié d'un traitement dont 12 d'une dilatation endoscopique (60%) et 8 d'une myotomie de Heller (40%). Le nombre de séances de dilatation variait de 1 à 3 séances avec un intervalle de 4 semaines entre les séances. Concernant les patients ayant bénéficié d'une myotomie de Heller, un montage anti-reflux avait été réalisé chez 4 sur 8. Tous les patients traités avaient pu être réévalués et le délai moyen de réévaluation était de 2,57 ans. Il y avait une nette diminution du score d'Eckardt après le traitement, comprise entre 0 et 1, chez 90% des patients, indépendamment du traitement reçu. En analyse multivariée, aucune différence statistiquement significative n'avait été retrouvée entre le groupe de patients ayant bénéficié de la dilatation endoscopique et de la myotomie de Heller (p > 0,05).

 

Conclusion: la fréquence hospitalière du mégaœsophage idiopathique dans notre série était de 5 cas/an, prédominante chez le sujet jeune de sexe masculin. Il n'y avait aucune différence statistiquement significative entre la dilatation pneumatique ou la myotomie de Heller.


Introduction: idiopathic megaesophagus (IME) is a rare condition. The objective of this work was to describe the epidemiological, clinical, therapeutic, and evolutionary aspects and to compare the effectiveness of endoscopic dilation and surgical cardiomyotomy in the management of patients with idiopathic megaesophagus. Methods: this was a retrospective, comparative, two-centre observational study conducted over 6 years, including all patients diagnosed with IME. Results: a total of 29 cases of IME were identified, representing a hospital incidence of 5 cases per year. The mean age of the patients was 39 ± 14.5 years, with a male predominance (55.2%). The mean Eckardt score before treatment was 6.7, ranging from 8 to 10 (48.2%). Of the 29 patients, only 20 received treatment, including 12 who underwent endoscopic dilation (60%) and 8 who underwent Heller myotomy (40%). The number of dilation sessions ranged from 1 to 3, with a 4-week interval between sessions. For the patients who underwent Heller myotomy, an antireflux procedure was performed in 4 of the 8 patients. All treated patients were able to be reassessed, and the mean time to reassessment was 2.57 years. There was a marked decrease in the Eckardt score after treatment, ranging from 0 to 1, in 90% of patients, regardless of the treatment received. In multivariate analysis, no statistically significant difference was found between the group of patients who underwent endoscopic dilation and the group who underwent Heller myotomy (p>0.05). Conclusion: the hospital incidence of idiopathic megaesophagus in our series was 5 cases per year, predominantly in young males. There was no statistically significant difference between pneumatic dilation and Heller myotomy.

Keywords: Treatment, idiopathic megaesophagus, pneumatic dilation, surgical myotomy, sub-Saharan Africa

 

 

Introduction    Down

Le mégaœsophage idiopathique, encore appelé achalasie ou cardiospasme, est une affection rare [1]. Il représente toutefois le trouble moteur primitif de l'œsophage fréquemment rencontré. Dans la plupart des cas, le mégaœsophage survient sans cause apparente: il s'agit du mégaœsophage idiopathique [2]. C'est un trouble primaire rare de la motilité œsophagienne, d'étiologie inconnue, provoqué par une dégénérescence de l'innervation inhibitrice de l'œsophage, entraînant un apéristaltisme et une incapacité du sphincter inférieur de l'œsophage à se détendre [3]. Il touche indistinctement les hommes comme les femmes. Le mégaœsophage affecte tous les âges [4]. Le diagnostic est généralement évoqué par l'endoscopie œsogastroduodénale et le transit œsogastroduodénal (TOGD), puis confirmé par la manométrie œsophagienne, qui constitue l'examen de référence [5]. Selon les données de la littérature, la manométrie œsophagienne à haute résolution est devenue un examen indispensable non seulement pour le diagnostic de l'achalasie mais également pour sa classification. Elle joue aussi un rôle majeur dans la décision thérapeutique et le suivi des patients [6].

Le traitement vise à réduire la pression au niveau du sphincter inférieur de l´œsophage afin de faciliter le passage du bol alimentaire vers l´estomac [4]. Plusieurs modalités thérapeutiques sont disponibles dans la prise en charge du mégaœsophage idiopathique, notamment le traitement médicamenteux, dont l'efficacité reste limitée, la dilatation pneumatique, la myotomie de Heller par voie laparoscopique et la myotomie endoscopique per-orale (POEM). La dernière technique thérapeutique reste le traitement de référence actuel dans le monde [5]. L'injection endoscopique de toxine botulinique constitue également une option thérapeutique; toutefois, en raison de son efficacité limitée dans le temps, elle est principalement réservée aux patients âgés ou présentant des comorbidités importantes ne permettant pas la réalisation de traitements plus durables et plus efficaces [5]. Le traitement doit être adapté à chaque patient, dans les centres où une approche multidisciplinaire est disponible. Il doit également être fonction du plateau technique et professionnel disponible. La résection œsophagienne doit être considérée comme un dernier recours, pour les patients chez qui des tentatives thérapeutiques antérieures avaient échoué [7].

Plusieurs études et méta-analyses avaient évalué l'efficacité comparative des traitements endoscopiques et chirurgicaux du mégaœsophage idiopathique. Cependant, les résultats observés restaient variables selon les modalités thérapeutiques étudiées, les caractéristiques des populations incluses et les durées de suivi [8]. Certaines études ont rapporté une efficacité supérieure de la myotomie de Heller par voie laparoscopique par rapport à certains traitements endoscopiques, notamment sur la réduction des symptômes et l'amélioration de la qualité de vie [4]. D'autres études ont montré que certains traitements endoscopiques pouvaient présenter une efficacité comparable à celle du traitement chirurgical, avec des résultats similaires en termes d'amélioration symptomatique et de contrôle des symptômes à moyen et long terme [8]. Cependant, nous disposons de peu de données récentes au Bénin sur cette affection rare.

L'objectif de ce travail consistait à contribuer à l'étude du mégaœsophage idiopathique à Cotonou en présentant les aspects épidémiologiques, diagnostiques, thérapeutiques et évolutifs, et à comparer l'efficacité de la dilatation endoscopique et de la cardiomyotomie chirurgicale dans la prise en charge des patients souffrant du mégaœsophage idiopathique.

 

 

Méthodes Up    Down

Type et période d'étude: il s'était agi d'une étude transversale à collecte rétrospective, descriptive et analytique menée sur une période de six années, allant du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2022. Ce type d'étude avait été choisi afin de permettre une analyse exhaustive des cas de mégaœsophage diagnostiqués et pris en charge dans deux structures hospitalières de référence à Cotonou, dans un contexte de ressources techniques limitées.

Population d'étude: elle était constituée des patients reçus dans le service d'endoscopie digestive de l'Hôpital de Zone de Mènontin (pour endoscopie œsogastroduodénale pour dysphagie avec suspicion endoscopique de mégaœsophage et éventuellement réalisation de dilatation pneumatique) et de ceux diagnostiqués d'un mégaœsophage et pris en charge à la Clinique Universitaire de Chirurgie Viscérale du CNHU HKM durant notre période d'étude.

Critères d'inclusion: tout patient chez qui un mégaœsophage était suspecté à l'endoscopie œsogastroduodénale dans le service d'endoscopie de l'Hôpital de Zone de Mènontin. Tout patient diagnostiqué d'un mégaœsophage et pris en charge à la Clinique Universitaire de Chirurgie Viscérale du CNHU HKM.

Critères de non-inclusion: toute pathologie œsophagienne autre que le mégaœsophage.

Critères d'exclusion: les comptes rendus incomplets ou non retrouvés, les dossiers médicaux incomplets.

Échantillonnage: nous avions procédé à une sélection exhaustive de tous les cas de mégaœsophage durant notre période d'étude.

Outil de collecte: le recueil des données s'était basé sur les comptes rendus d'endoscopie, les registres d'entrées et d'activités opératoires, sur les dossiers médicaux des patients ainsi qu'une interview téléphonique bien orientée. Une fiche de collecte des données prétestées et validées avait été utilisée.

Technique de collecte: dans un premier temps, nous avons sélectionné nos patients à partir des registres d'endoscopies et nous avons éliminé les cas non inclus selon nos critères. Les premières données avaient été recueillies à partir des comptes rendus d'endoscopie et le reste par des interviews téléphoniques bien orientées.

Variables étudiées: variable dépendante (mégaœsophage idiopathique); variables indépendantes (données sociodémographiques, antécédents médicaux et chirurgicaux, données cliniques, score d'Eckardt avant traitement, données endoscopiques, données radiologiques, traitement chirurgical, traitement endoscopique…).

Critères diagnostiques à cause de la non disponibilité de la manométrie au Bénin: le diagnostic de mégaœsophage avait été retenu sur la base de: i) données cliniques: les symptômes telles que la dysphagie, la régurgitation, la douleur rétrosternale, un amaigrissement (permettant d'établir le score d'Eckardt avant le traitement); ii) données paracliniques: une endoscopie œsogastroduodénale trouvant une importante stase alimentaire œsophagienne avec une dilatation du bas œsophage et un cardia spasmé franchi avec ressaut ; et/ou un transit œsogastroduodénal trouvant le 1/3 inférieur de l'œsophage (bas œsophage) dilaté, atone, tortueux, effilé réalisant un aspect en chaussette ou en queue de radis; iii) NB: la manométrie œsophagienne n'était pas disponible au Bénin.

Analyse des données: les données avaient été saisies et analysées à l'aide du logiciel Epi Info version 7.2.5 pour la partie statistique, et de Microsoft Excel 2016 pour la saisie et les représentations graphiques. Les variables quantitatives avaient été exprimées en moyenne, ± écart-type, médiane ou étendue, selon la distribution. Les variables qualitatives avaient été présentées sous forme de pourcentages et de fréquences. Des tests statistiques (test du chi2, test exact de Fisher, test de Student) avaient été utilisés pour l'analyse comparative, avec un seuil de signification fixé à p < 0,05.

L'étude avait été menée dans le strict respect du secret professionnel, avec une collecte de données dans l'anonymat par les numéros d'identification. L'approbation du comité d'éthique, ainsi que celle des responsables des deux centres concernés par l'étude, avait été obtenue.

Considérations éthiques: nous avons obtenu le consentement écrit des patients après leur avoir expliqué l'objectif de l'étude. Les informations recueillies auprès de chaque patient étaient strictement confidentielles et ne pouvaient être divulguées.

 

 

Résultats Up    Down

Caractéristiques socio-démographiques: en tout, 29 cas de mégaœsophage avaient été recensés sur une période de six années, soit une fréquence hospitalière annuelle de 5 cas, avec un pic observé en 2020, environ 14 cas (Figure 1). L'âge moyen des patients inclus était de 39 ans ± 14,5 ans avec des extrêmes de 12 et 60 ans. La tranche d'âge modale était celle comprise entre 50 et 60 ans (9/29 cas). Il y avait une prédominance masculine (55,7%) avec un sex ratio de 1,2 (Figure 2). Du point de vue ethnique, les patients appartenaient majoritairement au groupe Fon (48,3%). Sur le plan géographique, une large majorité des patients, soit 82,8%, résidaient dans des quartiers urbains/périurbains de Cotonou, contre 17,2% venant des communes périphériques. Les professions les plus représentées parmi les patients étaient celles relevant du secteur informel, notamment les commerçants et artisans (37,9%), suivies des fonctionnaires et employés de bureau (24,1%), des élèves ou étudiants (20,7%), et enfin des inactifs, tels que retraités ou femmes au foyer (17,3%) (Tableau 1).

Caractéristiques cliniques: la dysphagie représentait le symptôme principal présent chez tous les patients. Elle était accompagnée de régurgitations alimentaires (96,6%) et de douleurs rétrosternales (82,8%). Une toux nocturne était rapportée dans 75,9% des cas, traduisant de fausses routes ou des régurgitations survenant pendant le sommeil. Un amaigrissement significatif était retrouvé chez les deux tiers des patients, avec un amaigrissement supérieur à 10 kg chez 3 patients, soit 12% (Tableau 2). La durée moyenne d'évolution des symptômes avant le diagnostic était de 17 mois ± 10 avec des extrêmes de 6 mois et 48 mois et une médiane de 14 mois. Le score d'Eckardt, utilisé pour quantifier la sévérité clinique, avait une moyenne de 6,67, majoritairement comprise entre 8 et 10 sur 12 (48,2%) (Tableau 2).

Caractéristiques paracliniques: les examens paracliniques réalisés par les patients de l'étude étaient: l'endoscopie œsogastroduodénale chez 28 patients, le transit œsogastroduodénal chez 9 patients et les deux examens paracliniques chez 8 patients. L'endoscopie digestive haute (EOGD), réalisée chez tous les patients, avait objectivé un cardia franchissable avec ressaut chez 28 d'entre eux, soit 96,6% des cas. Une stase alimentaire ou salivaire était constatée dans 96,6% des cas (28 patients), alors que la muqueuse œsophagienne était décrite comme macroscopiquement normale dans 89,7% des cas. Une candidose œsophagienne, quant à elle, avait été notée dans 6,9% des cas ainsi que la présence de veine ectasique du bas de l'œsophage dans 3,5% des cas. Aucune tumeur, notamment un adénocarcinome, n'avait été retrouvée (Tableau 3). Les patients ayant bénéficié d'un TOGD représentaient 31%. L'aspect en chaussette avait été objectivé chez tous les patients ayant réalisé le TOGD. Les dilatations œsophagiennes avaient un diamètre moyen de 8 cm avec des extrêmes de 6 cm et 10 cm.

Caractéristiques thérapeutiques: sur le plan thérapeutique, deux approches principales avaient été utilisées: la dilatation pneumatique (DP) et la myotomie de Heller. La dilatation pneumatique avait constitué le traitement de première intention chez 12 patients, soit 60% des cas (Figure 3). Le délai moyen avant la première séance était de 4 mois avec des extrêmes de 1 mois et 12 mois. De plus, 9 patients sur 12 avaient eu leur première séance il y a moins de 3 mois. Le nombre moyen de séances nécessaires était de 1,6, avec des extrêmes allant de 1 à 3 séances. La durée entre les séances était de plus de 4 semaines pour 5 des patients ayant eu au moins 2 séances (5/6). Dans les mêmes proportions, pour 10 patients, le diamètre du ballon utilisé à la dernière séance était de 30 mm et pour les 2 restants c'était 35 mm. Aucune complication, notamment la perforation œsophagienne, n'avait été notée chez l'ensemble des patients ayant bénéficié du traitement endoscopique. La dysphagie avait disparu chez tous les patients et le délai de reprise de l'alimentation était de 12 à 24 h (chez 12/12 patients). La myotomie de Heller avait été réalisée ultérieurement chez un patient en échec du traitement endoscopique. Huit patients sur vingt, soit 40%, avaient bénéficié d'une myotomie de Heller d'emblée. Le délai moyen de prise en charge était de 10 mois avec des extrêmes de 18 jours et 36 mois. De plus, 4 patients avaient été pris en charge dans un délai de moins de 3 mois. La myotomie de Heller sans montage anti-reflux était faite chez 4 patients, soit 50%, et celle avec montage anti-reflux chez les 4 autres patients, soit les 50% restants. Le choix de la chirurgie avait été fait par convenance personnelle pour la majorité des patients (7/8, soit 87,5%). Pour tous les patients, les suites opératoires étaient simples, avec disparition de la dysphagie et reprise de l'alimentation après 24 h.

Caractéristiques évolutives: tous les patients traités avaient pu être réévalués et le délai moyen de réévaluation était de 2,6 ans avec des extrêmes de 1 an et 4 ans. Il était noté une nette amélioration après le traitement avec une diminution significative du score d'Eckardt. Ainsi, 18 patients sur 20, soit 90%, avaient un score compris entre 0 et 1 après le traitement. Alors qu'avant le traitement tous ces patients avaient un score supérieur à 4/12 (Figure 4). Le groupe de patients ayant bénéficié de la dilatation pneumatique ne présentait pas de différence significative (p > 0,05) par rapport au groupe de patients ayant bénéficié d'emblée de la myotomie de Heller en ce qui concerne les aspects sociodémographiques (âge, sexe), cliniques (délai de consultation, score d'Eckardt avant le traitement), évolutifs (délai de prise en charge, suites opératoires, délai de reprise de l'alimentation, score d'Eckardt après le traitement) (Tableau 4). L'évaluation de la satisfaction globale, fondée sur les données de suivi (principalement téléphoniques), avait montré que 19 patients sur les 20 (soit 95%) déclaraient être satisfaits et qu'un patient était peu satisfait, du fait notamment de la récidive des symptômes ou d'une réponse thérapeutique jugée insuffisante.

 

 

Discussion Up    Down

Sur la période d'étude de six ans, nous avions recensé un total de 29 cas de mégaœsophage idiopathique dans les deux centres de référence, soit une moyenne d'environ cinq cas par an. Cette fréquence hospitalière paraît relativement élevée comparativement à certaines séries africaines antérieures, notamment celle de Vignon au Bénin en 2014 [9], qui rapportait seulement cinq cas sur une période de deux ans. Cette différence pourrait être liée à plusieurs facteurs, notamment une amélioration du plateau technique diagnostique, une meilleure accessibilité aux soins spécialisés, ainsi qu'un recours plus précoce des patients aux structures sanitaires par rapport à la période étudiée en 2014.

Dans notre étude, l'âge moyen des patients était de 39 ans, avec une prédominance de la tranche d'âge de 50 à 60 ans. Cet âge moyen est relativement proche de celui rapporté dans plusieurs séries internationales. Toutefois, la prédominance de la tranche de 50 à 60 ans observée dans notre étude apparaît légèrement plus élevée que les données généralement rapportées dans la littérature, où le diagnostic est plus fréquemment établi entre la troisième et la cinquième décennie de vie [2,10]. Des données récentes indiquent cependant que le mégaœsophage idiopathique peut survenir à tout âge, avec une augmentation du nombre de cas diagnostiqués chez les sujets plus âgés, probablement en lien avec l'amélioration des moyens diagnostiques et une meilleure reconnaissance de cette affection [11]. Dans notre contexte, cette prédominance des sujets plus âgés pourrait également s'expliquer par un retard diagnostique lié au caractère progressif et insidieux des symptômes, ainsi qu'à un accès parfois limité aux explorations spécialisées. La prédominance masculine observée dans notre étude (55,2%) est en accord avec certaines séries hospitalières ayant également rapporté une légère prédominance du sexe masculin [2,10]. Toutefois, les données de la littérature restent hétérogènes concernant la répartition selon le sexe. Plusieurs études épidémiologiques récentes suggèrent en effet une atteinte relativement comparable entre les hommes et les femmes, sans différence significative de prévalence [11,12]. Les variations observées entre les études pourraient être liées aux différences méthodologiques, aux tailles d'échantillon limitées ou aux particularités sociodémographiques des populations étudiées.

Le délai diagnostique moyen dans notre étude était de 17 ± 10 mois, avec des extrêmes allant de 6 à 48 mois et une médiane de 14 mois. Ce délai apparaît relativement long comparativement aux données rapportées dans certaines séries récentes, où une réduction progressive du temps entre l'apparition des symptômes et le diagnostic a été observée [13,14]. Cette diminution du délai diagnostique dans les études plus récentes pourrait être attribuée à une meilleure connaissance de la maladie par les cliniciens, à l'amélioration des moyens diagnostiques, notamment la manométrie œsophagienne haute résolution, ainsi qu'à un accès plus rapide aux explorations spécialisées. Dans notre contexte, ce retard diagnostique pourrait être expliqué par le caractère progressif et souvent peu spécifique des symptômes initiaux, le recours tardif aux soins spécialisés et la disponibilité limitée des outils diagnostiques spécialisés. La dysphagie constituait le symptôme principal dans notre étude, retrouvée chez l'ensemble des patients au moment du diagnostic. Elle présentait le plus souvent une évolution chronique, avec un caractère intermittent, capricieux et parfois paradoxal, correspondant aux manifestations cliniques typiques du mégaœsophage idiopathique. Ce résultat est concordant avec les données de la littérature, où la dysphagie est décrite comme le symptôme cardinal de l'achalasie, présente chez plus de 90% des patients au moment du diagnostic [13-15]. La fréquence élevée de ce symptôme s'explique par l'altération du péristaltisme œsophagien associée au défaut de relaxation du sphincter inférieur de l'œsophage, entraînant une obstruction fonctionnelle au passage du bol alimentaire [11]. Les régurgitations alimentaires, retrouvées chez 96,6% des patients, ainsi que les douleurs rétrosternales observées dans 82,8% des cas, constituaient également des manifestations fréquentes dans notre série, conformément aux données de la littérature [9,13,16]. Les régurgitations alimentaires résultent généralement de la stase prolongée des aliments dans l'œsophage secondaire au défaut de relaxation du sphincter inférieur de l'œsophage, tandis que les douleurs rétrosternales sont attribuées aux contractions œsophagiennes anormales et à la distension progressive de l'œsophage [12]. Bien que ces symptômes soient évocateurs du mégaœsophage idiopathique, ils peuvent être initialement confondus avec ceux du reflux gastro-œsophagien ou d'autres affections œsophagiennes fonctionnelles, contribuant ainsi à un retard diagnostique, particulièrement dans les contextes où l'accès aux explorations spécialisées demeure limité [10,12].

Une perte pondérale significative avait également été observée chez plus des deux tiers des patients de notre étude, certains présentant un amaigrissement supérieur à 10 kg. Ce résultat témoigne de l'impact fonctionnel majeur du mégaœsophage idiopathique sur l'état nutritionnel et la qualité de vie des patients. Cette perte de poids est principalement liée à la dysphagie progressive et à la diminution des apports alimentaires secondaire à la gêne fonctionnelle induite par l'obstruction œsophagienne [2,10]. Des études antérieures ont également rapporté une fréquence élevée de l'amaigrissement chez les patients atteints d'achalasie, particulièrement lorsque le diagnostic est posé tardivement [13].

Par ailleurs, le score moyen d'Eckardt avant traitement était de 6,7 dans notre série, traduisant une symptomatologie sévère. Le score d'Eckardt constitue un outil clinique largement utilisé pour évaluer la sévérité des symptômes chez les patients atteints de mégaœsophage idiopathique et pour apprécier la réponse thérapeutique. Un score supérieur à 3 est généralement considéré comme un indicateur d'une maladie symptomatique cliniquement significative [17-19]. La valeur élevée retrouvée dans notre étude pourrait s'expliquer par le délai diagnostique relativement long observé dans notre population.

La manométrie œsophagienne haute résolution, considérée comme l'examen de référence pour confirmer le diagnostic du mégaœsophage idiopathique et pour identifier les différents sous-types d'achalasie selon la classification de Chicago, n'était pas disponible dans notre contexte [2,10]. Cette absence constitue une limite importante de notre étude, dans la mesure où elle ne permet pas une caractérisation précise des profils manométriques des patients. Or, la classification des sous-types d'achalasie présente un intérêt pronostique et thérapeutique majeur, certaines modalités de traitement ayant démontré une efficacité variable selon le sous-type identifié [20,21]. Dans les pays à ressources limitées, l'indisponibilité de la manométrie demeure une contrainte fréquente, conduisant souvent à fonder le diagnostic sur des arguments cliniques, endoscopiques et radiologiques [11].

Les examens disponibles dans notre contexte, notamment l'endoscopie digestive haute et le TOGD, ont permis d'orienter correctement le diagnostic du mégaœsophage idiopathique. Au TOGD, l'aspect le plus fréquemment observé était un œsophage dilaté, atone, parfois dit “en chaussette”, associé à une stase barytée importante et à un rétrécissement distal en “bec d'oiseau”, aspect considéré comme très évocateur, voire typique de l'achalasie.

L'endoscopie digestive haute retrouvait dans la majorité des cas une stase œsophagienne alimentaire et/ou salivaire, avec un cardia spasmé, franchi avec difficulté et parfois avec ressaut, constat retrouvé chez l'ensemble de nos patients. Elle permettait également d'exclure des diagnostics différentiels majeurs tels que les sténoses tumorales ou caustiques. Par ailleurs, elle objectivait dans certains cas des lésions associées telles qu'une candidose œsophagienne et la présence de veines ectasiques du bas œsophage, témoignant de la stase chronique et de l'évolution prolongée de la maladie. Ces résultats étaient similaires à ceux rapportés par plusieurs auteurs [9,14], qui retrouvaient également une prédominance des signes endoscopiques et radiologiques typiques du mégaœsophage idiopathique. Aucun cas d'adénocarcinome du bas œsophage associé n'était observé dans notre série, contrairement à certaines études de la littérature ayant décrit la survenue de complications dégénératives ou de cancers œsophagiens au cours de l'évolution prolongée de l'achalasie [13,22-24]. Cette absence de transformation maligne dans notre étude pourrait s'expliquer par la taille relativement limitée de l'échantillon, la durée de suivi, ou encore un éventuel sous-diagnostic des lésions précoces dans notre contexte.

Deux principales modalités thérapeutiques ont été utilisées dans notre série: la DP et la myotomie de Heller. Le choix thérapeutique était guidé par plusieurs facteurs, notamment l'accessibilité des techniques, le coût, la disponibilité du plateau technique, l'âge du patient ainsi que la sévérité des symptômes. La dilatation pneumatique, technique endoscopique mini-invasive, constituait le traitement de première intention dans 60% des cas. Elle s'est révélée efficace à court terme dans l'amélioration des symptômes, mais nécessite parfois des séances répétées en raison d'un risque non négligeable de récidive, comme décrit dans la littérature [25]. La myotomie de Heller, réalisée avec ou sans procédure anti-reflux associée, a été indiquée chez les patients sélectionnés selon les critères cliniques et l'évolution sous traitement endoscopique. Les résultats post-opératoires étaient globalement satisfaisants, avec une amélioration nette du score d'Eckardt, passé en moyenne de 6,67 à 1,21 dans les mois suivant l'intervention, traduisant une amélioration clinique significative. Ces résultats sont comparables à ceux rapportés dans les séries internationales, où la myotomie chirurgicale reste associée à des taux élevés de succès à moyen et long terme [26].

Il convient de noter qu'aucun patient de notre série n'avait bénéficié de la POEM, actuellement considérée comme l'une des options thérapeutiques de référence dans la prise en charge du mégaœsophage idiopathique, notamment dans les centres disposant d'une expertise avancée en endoscopie interventionnelle [27]. Cette absence s'explique principalement par l'indisponibilité du matériel spécifique et le manque de formation des praticiens locaux à cette technique. De même, l'injection intra-sphinctérienne de toxine botulinique n'a pas été réalisée dans notre série. Cette option thérapeutique, bien que moins invasive, n'a pas été retenue en raison de son coût, de sa disponibilité limitée dans notre contexte et surtout de son efficacité transitoire nécessitant des réinjections répétées, ce qui limite son intérêt dans les stratégies thérapeutiques à long terme [11,27].

L'évaluation fonctionnelle post-thérapeutique, reposant sur l'évolution du score d'Eckardt et sur un suivi par entretien téléphonique, a mis en évidence une satisfaction globale satisfaisante chez la majorité des patients. L'amélioration clinique était marquée par une diminution significative du score symptomatique après traitement. Toutefois, des cas de récidive des symptômes ont été observés, principalement chez les patients ayant bénéficié d'une dilatation pneumatique, conformément aux données de la littérature rapportant un taux plus élevé de récidive et la nécessité de séances répétées dans cette modalité thérapeutique [25,28]. Ces résultats soulignent l'importance d'un suivi prolongé, standardisé et structuré afin de dépister précocement les récidives et d'adapter la stratégie thérapeutique en conséquence. Le groupe de patients ayant bénéficié de la dilatation pneumatique ne présentait pas de différence statistiquement significative (p > 0,05) par rapport au groupe ayant bénéficié d'emblée de la myotomie de Heller, en ce qui concerne les caractéristiques sociodémographiques, cliniques et évolutives.

Limites majeures de l'étude: notre étude présente plusieurs limites méthodologiques et pratiques: i) son caractère rétrospectif expose à des biais d'information, notamment un biais de mémoire et des données parfois incomplètes ou manquantes dans les dossiers médicaux; ii) l'absence de manométrie œsophagienne constitue une limitation majeure, ne permettant pas une classification physiopathologique précise des sous-types d'achalasie selon la classification de Chicago; iii) le suivi post-thérapeutique n'était pas standardisé chez l'ensemble des patients, ce qui limite l'évaluation rigoureuse des résultats à moyen et long terme; iv) enfin, bien que l'échantillon soit exhaustif sur la période d'étude, sa taille relativement réduite peut limiter la puissance statistique et la généralisation des résultats.

 

 

Conclusion Up    Down

Le mégaœsophage idiopathique est une affection motrice œsophagienne rare, d'étiologie encore inconnue, dont la fréquence hospitalière était estimée à environ cinq cas par an dans notre série. Il touchait les deux sexes sans différence majeure, avec une légère prédominance masculine. L'âge de survenue était dominé par la tranche de 50 à 60 ans, avec une moyenne de 39 ans, traduisant possiblement un retard diagnostique dans notre contexte. Sur le plan clinique, la dysphagie et les régurgitations constituaient les principaux symptômes, responsables d'un retentissement fonctionnel et nutritionnel significatif. Le diagnostic reposait essentiellement sur l'endoscopie digestive haute associée au transit œsogastroduodénal, examens accessibles dans notre contexte et permettant d'orienter efficacement le diagnostic. Toutefois, la manométrie œsophagienne haute résolution, examen de référence pour la confirmation diagnostique et la classification des sous-types, n'était pas disponible. La prise en charge était multidisciplinaire et dépendait de plusieurs facteurs, notamment la disponibilité du plateau technique, le coût des soins et les caractéristiques cliniques des patients. Deux principales options thérapeutiques étaient utilisées: la dilatation pneumatique endoscopique et la myotomie de Heller, réalisée par laparotomie avec ou sans procédure anti-reflux. Dans notre série, aucune différence significative n'a été observée entre ces deux modalités thérapeutiques en termes de résultats cliniques. Ainsi, le mégaœsophage idiopathique demeure une pathologie dont la prise en charge reste encore contrainte par les ressources disponibles dans les pays à faibles revenus, soulignant la nécessité d'un renforcement du plateau technique et de l'accès aux techniques modernes de diagnostic et de traitement.

Etat des connaissances sur le sujet

  • Au plan mondial le ME est une maladie rare avec une incidence estimée autour de 0,03 à 1,6 cas pour 100 000 personnes/an;
  • L'incidence et la prévalence varient selon les territoires (plus élevées en Océanie, faibles ou sous-estimées dans certaines régions d'Afrique);
  • Le ME touche hommes et femmes à peu près de manière égale et peut survenir à tout âge, mais est souvent diagnostiquée entre 30 et 60 ans.

Contribution de notre étude à la connaissance

  • La fréquence hospitalière du ME à Cotonou était de 5 cas/an dans notre étude, il touchait indistinctement les hommes comme les femmes, avec une légère prédominance masculine;
  • L'âge de prédilection est compris entre 50 et 60 ans avec une moyenne de 39 ans;
  • Il n'y avait pas de différence entre les résultats obtenus pour ces modalités thérapeutiques dans notre étude.

 

 

Conflits d'intérêts Up    Down

Les auteurs ne déclarent aucun conflit d'intérêts.

 

 

Contributions des auteurs Up    Down

Conception et développement de l'étude, collecte, analyse, interprétation des données et rédaction du manuscrit: Comlan N'dehougbèa Martin Sokpon et Princesse Jaulsine Orlane Frédia Kokou. Relecture du manuscrit: Yacoubou Imorou Souaïbou, Aboudou Raimi Kpossou, Féïchola Audrey Hounkpatin, Rodolph Koffi Vignon, Dansou Gaspard Gbessi, Jean Sehonou. Garant de l'étude: Comlan N'dehougbèa Martin Sokpon. Tous les auteurs ont lu et approuvé la version finale du manuscrit.

 

 

Tableaux et figures Up    Down

Tableau 1: caractéristiques épidémiologiques des patients ayant un mégaœsophage à l'HZ de Menontin et à la clinique universitaire de chirurgie viscérale du CNHU HKM Cotonou de 2017 à 2022

Tableau 2: caractéristiques cliniques des patients ayant un mégaœsophage à l'HZ de Menontin et à la clinique universitaire de chirurgie viscérale du CNHU HKM Cotonou de 2017 à 2022

Tableau 3: répartition selon les lésions à l'endoscopie œso-gastro-duodénale

Tableau 4: profil selon le traitement de première intention des patients ayant un mégaœsophage à l'HZ de Menontin et à la clinique universitaire de chirurgie viscérale du CNHU HKM

Figure 1: répartition des différents cas de mégaœsophage par année à l'HZ de Menontin et à la clinique universitaire de chirurgie viscérale du CNHU HKM de Cotonou

Figure 2: répartition suivant la tranche d'âge des patients ayant un mégaœsophage à l'HZ de Menontin et à la clinique universitaire de chirurgie viscérale du CNHU HKM Cotonou de 2017 à 2022

Figure 3: répartition selon le choix thérapeutique de première intention des patients diagnostiqués de mégaœsophage à l'HZ de Menontin et à la clinique universitaire de chirurgie viscérale du CNHU HKM Cotonou de 2017 à 2022

Figure 4: répartition selon le score d'Eckardt avant et après le traitement des patients diagnostiqués de mégaœsophage et traités à l'HZ de Menontin et à la clinique universitaire de chirurgie viscérale du CNHU HKM Cotonou de 2017 à 2022

 

 

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